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69 étudiants condamnés pour "outrage à l'autorité de l'Etat" au Tchad


Les étudiants tchadiens sont réunis devant leur faculté pour demander la libération des étudiants emprisonnés, à N'djamena, au Tchad, le 1 mars 2017. (VOA/André Kodmadjingar)

Soixante-neuf étudiants ont été condamnés mardi au Tchad à un mois de prison ferme pour "outrage à l'autorité de l'Etat" après avoir perturbé une visite ministérielle alors que les universités grondent contre la suppression des bourses, indique une source judiciaire.

Les étudiants de l'Union des étudiants tchadiens (Unet) ont également été condamnés à 50.000 francs CFA d'amende (environ 75 euros) par personne. Trois étudiantes ont été relaxées au bénéfice du doute par le tribunal de N'Djamena.

Aussitôt le verdict tombé, ils ont été transférés à la maison d'arrêt de la capitale tchadienne.

Réaction immédiate des étudiants

Le bureau de l’Union Nationale des Etudiants Tchadiens (UNET), section de N’djamena, a décidé au cours d’une assemblée générale mercredi matin de la suspension des cours pour exiger la libération de leurs condisciples.

Pendant que le bureau de l’UNET entreprend des démarches pour la libération de leurs camarades arrêtés, d’autres étudiants très en colère s’organisent en petit groupe pour perturber les cours dans les établissements scolaires.

C’est ainsi qu’à Walia dans le 9e arrondissement, la police a tiré à balle réelle sur les manifestants faisant une victime non étudiante, plusieurs blessés et des arrestations.

Pour l’un des avocats des étudiants arrêtés, Me Alain Kagombe, cette condamnation est contraire à la loi de la république.

"Leurs arrestations ne reposent sur aucune base juridique, il faut que la justice soit intègre, car on ne sait pas quelle loi a été appliquée pour donner un mois car cela n'existe pas pour ce genre de délit, et puis, on ne peut pas dire qui a cassé le véhicule", explique l'avocat, qui se dit inquiet.

Hué par les étudiants

Samedi dernier, lors d'une visite sur un campus, le ministre de l'Enseignement supérieur, Mackay Hassan Taisso, accompagné de son homologue sénégalais, avait été hué par les étudiants qui ont lancé des pierres sur les voitures officielles, selon la même source.

Contacté par VOA Afrique, le ministre a refusé de commenter sur la situation.

Cet incident avait provoqué l'intervention de la police, qui avait dispersé les étudiants avec des grenades lacrymogènes.

A l'image de larges secteurs de la société tchadienne, les étudiants sont en colère contre les mesures d'austérité du gouvernement, qui se sont traduites par la suppression de leurs bourses.

Pays producteur de pétrole, le Tchad traverse une sévère crise économique et sociale dû à l'effondrement des cours du pétrole, ce qui a conduit le président Idriss Déby à réorienter l'économie vers l'agriculture et l'élevage.

André Kodmadjingar, correspondant à N'djamena

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