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Des réfugiés soudanais résistent à l’intégration au système éducatif local au Tchad


Vue des participants au suivi et évaluation du curricula tchadien, à Biltine, Tchad, 29 juillet 2017. (VOA/André Kodmadjingar)

Vue des participants au suivi et évaluation du curricula tchadien, à Biltine, Tchad, 29 juillet 2017. (VOA/André Kodmadjingar)

Les autorités tchadiennes et le Haut-Commissariat des Nation unies pour les réfugiés se mobilisent pour l’intégration du curricula tchadien dans les écoles des camps des réfugiés soudanais au Tchad.

Une rencontre de suivi et d'évaluation de cette transition scolaire s’est tenu du 27 au 28 juillet 2016 à Biltine chef-lieu de la région de Wadi-Fira située dans l’est du Tchad.

Commencé en 2012 conformément à l’article 22 de la convention relative au statut des réfugiés ratifié par le Tchad, l’intégration du système éducatif tchadien à tous les réfugiés a été effective en 2015.

Cependant, deux ans après cette intégration, la déperdition scolaire est de 39%, dans les cinq camps des réfugiés soudanais de la région de Wadi-Fira.

Ce taux trop élevé d’abandon scolaire prouve qu’il y a encore des poches de résistance.

Selon l’enquête réalisée par le service jésuite des réfugiés une ONG partenaire du HCR, certains réfugiés soudanais qualifient cette intégration d’une imposition brutale qui contribuerait à la destruction de leur valeur spirituelle.

"Normalement, dès leur arrivée en 2003, ils devaient déjà intégrer le système éducatif tchadien. Ils pensent que c’est brutal mais quand devrait-on commencer alors ? Ils ne veulent pas intégrer du tout le système éducatif tchadien parce certains préfèrent plutôt amener leurs enfants au Soudan. Vous savez que les mouvements transfrontaliers les arrangent un tout petit peu. Un réfugié en tant que tel, ne doit pas quitter sa terre d’asile pour repartir encore là où il a eu tel ou tel problème. C’est un grand risque qu’ils sont en train de prendre", réagit Djindimadji Aissimtan Yoko, point focal du ministère de l’éducation nationale auprès du HCR.

Les leaders du camp d’Iridimi qui ont refusé d’intégrer ce système, ont brillé par leur absence à la rencontre que tenaient les autorités tchadiennes.

Pour l’administrateur associé, chargé de l’éducation au HCR Yankeu Yankeu Yanik d’autres facteurs expliquent cette résistance.

"Le système soudanais, c’est un enseignement par matière dès l’école primaire. Le système tchadien, c’est un enseignant par salle de classe. Donc, pour eux, c’est un élément qui est très lourd, mais on ne peut encourager le déploiement d’un système hybride. On préfère avoir un système sûr qui nous garantit un avenir meilleur pour nos enfants", explique Yankeu Yankeu Yanik.

Les diplômes obtenus au Tchad seraient-ils valorisés au Soudan au cas où, ces réfugiés décideraient de retourner chez eux et quels avantage pour les élèves réfugiés qui obtiendront leur baccalauréat à partir du Tchad ?

"Cela a fait l’objet d’une signature d’accord entre le HCR, l’Unicef, l’Unesco, l’Etat tchadien et l’Etat soudanais pour qu’en cas de rapatriement volontaire, le diplôme obtenu ici puisse être reconnu au niveau du Soudan en termes de valorisation. Les réfugiées qui vont en réinstallation par exemple, le bac tchadien étant international, n’auront pas de problème à poursuivre leurs études. Nous avons actuellement une bourse offerte par le gouvernement allemand qui a permis à avoir les premiers Soudanais - ils étaient neuf - qui ont terminé et qui ont obtenu leur diplôme. Actuellement, au Tchad, il y a encore 40 étudiants qui poursuivent cette bourse. C’est une solution qui permet de répondre aux étudiants des parents les plus pauvres", souligne Yankeu Yankeu Yanik.

Reportage d’André Kodmadjingar à Biltine, au Tchad

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