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Tchad: la contestation anti-Déby s'étend avant la présidentielle


Le président tchadien Idriss Deby à l'Onu à New York en septembre 2014. (AP Photo/Frank Franklin II, File)

Le président tchadien Idriss Deby à l'Onu à New York en septembre 2014. (AP Photo/Frank Franklin II, File)

"En vérité, l'affaire Zouhoura n'est qu'un prétexte, la petite étincelle qui a mis en branle cette majorité silencieuse qui commence à dire non", estime l'éditorialiste de l'hebdomadaire Le Pays.

L'opération "ville morte", organisée mercredi pour demander le départ du président Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis 26 ans et qui va se représenter en avril pour un 5e mandat, a connu un succès exceptionnel.

Marchés déserts, boutiques fermées, circulation réduite, la population a largement suivi, à N'Djamena comme en province, le mot d'ordre lancé par la plate-forme "Ça suffit", réunissant une vingtaine d'associations de la société civile.

Le succès de cette opération était encore sur toutes les lèvres dans N'Djamena, aussi bien dans les bureaux que dans les quartiers populaires.

"C'est la première fois dans l'histoire de ce pays que les gens respectent de façon unanime un mot d'ordre de la société civile", a dit à l'Afp Issa Moussa, fonctionnaire au ministère de l'Administration du territoire.

"Les gens sont mécontents et la réussite de cette "ville morte" s'explique aussi par l'accumulation de frustrations subies par les gens depuis 25 ans", renchérit un autre fonctionnaire du ministère de la Justice.

Aux raisons politiques, liées aussi à la grande pauvreté de la population malgré la rente pétrolière, s'ajoute aussi une colère provoquée par le viol de Zouhoura, commis par trois fils de généraux et celui d'un ministre.

S'y ajoute le phénomène d'usure d'un pouvoir sans partage, en place depuis 26 ans. "Il y a un changement de génération et de mentalité qui est en train de s'opérer", estime un sociologue pour expliquer l'ampleur du mouvement.

"En vérité, l'affaire Zouhoura n'est qu'un prétexte, la petite étincelle qui a mis en branle cette majorité silencieuse qui commence à dire non", estime l'éditorialiste de l hebdomadaire Le Pays.

Les lycéens, dont deux des leurs ont été tués ces derniers jours par la police et l'armée au cours de manifestations, poursuivent leur grève des cours.

Dans un communiqué publié vendredi, l’ACAT et Survie dénoncent le «silence assourdissant de la communauté internationale, et notamment celui de la France, partenaire privilégié du Tchad». Selon ces deux associations, la France devrait condamner la répression en cours au Tchad.

Le régime tchadien est partenaire privilégié des opérations militaires françaises dans la sous-région, rappelle les deux Ong dans un communiqué conjoint.

«Quand des jeunes sont tués par balles lors de manifestations, ça nous interroge sur la légitimité de cette coopération sécuritaire de la France avec Idriss Deby», a déclaré à VOA Afrique Juliette Toirson, membre du Conseil d’administration de l’association Survie à Paris.

Interdiction et répression

Face à ce mouvement interne qui ne faiblit pas, le pouvoir d'Idriss Déby Itno, qui a su réduire ces dernières années les rébellions venues de l'est du pays et qui continue d'exporter son savoir-faire militaire contre les jihadistes du Sahel et Boko Haram dans le nord-est du Nigeria, répond par l'interdiction et la répression.

Interdiction de manifester pacifiquement dans la rue faite ces derniers jours aux lycéens, puis mardi à l'opposition politique menée par son chef de file Saleh Kebzabo, coupure des réseaux sociaux, censure de l'opération ville morte sur la radiotélévision nationale...

L'accès aux réseaux sociaux est coupé par l'Autorité de régulation de communication électronique et des postes (ARCEPT).

Dans un communiqué, l'opposition politique apporte son "soutien sans faille à la jeunesse tchadienne qui ne fait que réclamer ses droits". Et, dans la perspective du premier tour de la présidentielle le 10 avril, elle lance un appel aux Tchadiens afin "de tourner cette sombre page de leur histoire en opérant un changement par des voies légales et pacifiques, seul gage pour sortir le pays de ses ornières".

Avec AFP

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