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Le président tanzanien limoge le ministre de l'Information

  • VOA Afrique

Paul Makonda, gouverneur de Dar es Salam.

Le président tanzanien John Magufuli a limogé son ministre de l'Information qui venait de critiquer l'intrusion musclée du gouverneur de Dar es Salaam dans les studios d'une radio-télévision privée.

La présidence a publié un communiqué annonçant la nomination d'un nouveau ministre de l'Information en lieu et place de Nape Nnauye, sans expliquer les raisons du limogeage.

Vendredi dernier, le jeune gouverneur de la province de Dar es Salaam, Paul Makonda, nommé à son poste par le président il y a un an, avait fait irruption avec six hommes armés et en uniforme dans les locaux de Clouds FM, intimant l'ordre à la rédaction de diffuser une vidéo.

Dans cet enregistrement, une femme affirme avoir eu un enfant adultérin avec un célèbre pasteur, Josephat Gwajima, aujourd'hui à couteaux tirés avec Paul Makonda.

La rédaction de Clouds FM avait refusé de diffuser l'enregistrement mais l'incident, capté par les caméras de surveillance du groupe, a déclenché un tollé dans le pays, de nombreuses organisations de médias et de la société civile dénonçant une atteinte grave à l'indépendance des médias et réclamant des sanctions ou la démission du gouverneur.

Le ministre de l'Information avait diligenté lundi une enquête dont les conclusions, dévoilées mercredi soir, sont défavorables au gouverneur.

"J'ai la responsabilité de protéger les médias et la liberté d'expression dans ce pays et si j'échouais dans cette mission, je ne mériterais pas d'occuper ce poste. Je vais recommander à mes supérieurs de prendre des mesures punitives contre le gouverneur", avait déclaré M. Nnauye.

Le responsable de l'enquête diligentée par le ministère, Deodatus Balile, a même rapporté que le gouverneur avait menacé le personnel de Clouds FM de prison s'il ne diffusait pas sa vidéo.

Lundi, le président Magufuli avait apporté publiquement son soutien au gouverneur, sans attendre les conclusions de l'enquête de son gouvernement.

"Moi, en tant que président, je ne me laisse pas dicter ce que je dois faire. C'est moi qui décide qui doit être où. Ainsi donc, toi, Makonda, fais ton travail et ignore le reste", avait martelé le chef de l'Etat.

Jeudi après-midi, la police a empêché Nape Nnauye, le ministre limogé, de tenir une conférence de presse dans un hôtel de Dar es Salaam, et c'est depuis sa voiture que ce dernier a calmement exhorté les Tanzaniens à placer leur pays avant toute autre considération.

"J'ai essayé de m'acquitter de mes obligations", a-t-il déclaré, soulignant qu'il n'avait aucun ressentiment à l'égard du président.

"Notre souci ne doit pas être Nape, mais là où va la Tanzanie", a-t-il poursuivi.

'Moi président'

La secrétaire exécutive du Centre juridique et des droits de l'homme (LHRC, principale ONG tanzanienne de défense des droits de l'homme), Helen Kijo-Bisimba, a exigé "des sanctions administratives et pénales" contre le gouverneur, tandis que le nouveau bâtonnier de l'ordre des avocats du pays réclamait son limogeage pur et simple.

Mais sans attendre les résultats de l'enquête gouvernementale, le président avait surpris ses administrés en apportant son plein appui à M. Makonda.

"Moi, en tant que président, je ne me laisse pas dicter ce que je dois faire. C'est moi qui décide qui doit être où. Ainsi donc, toi, Makonda, fais ton travail et ignore le reste", avait déclaré lundi le chef de l'Etat en marge de l'inauguration d'un chantier.

Mercredi, le Forum des éditeurs de Tanzanie et l'Union des clubs de la presse de Tanzanie ont qualifié M. Makonda d'"ennemi de la liberté de presse", "de même que toute personne qui le soutient ou le soutiendra dans le piétinement de la liberté de presse". Les deux associations ont décidé de suspendre jusqu'à nouvel ordre toute couverture des activités du gouverneur.

Surnommé "tingatinga", "bulldozer" en swahili, le président Magufuli a marqué les esprits depuis son élection en déployant un style inhabituellement direct, voire abrupt, dans son exercice du pouvoir. Au point que ses détracteurs le qualifient désormais d'autoritaire et de populiste.

Selon RSF, le début de sa présidence coïncide avec un durcissement vis-à-vis des médias: plusieurs radios ont été suspendues en l'espace de quelques mois et une dizaine de personnes sont poursuivies en raison de commentaires critiques ou ironiques sur les réseaux sociaux.

Avec AFP

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