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Asphyxiés à Alep, les rebelles appellent à un cessez-le-feu


Scène de guerre dans Alep, le 5 décembre 2016.

Les rebelles syriens ont appelé mercredi à un cessez-le-feu immédiat de cinq jours à Alep et à l'évacuation des civils, après avoir été expulsés de la Vieille ville par le régime.

Un appel à la trêve a aussi été lancé par six capitales occidentales, dont Washington, Paris et Londres, devant la "catastrophe humanitaire" dans la partie orientale d'Alep, deuxième ville de la Syrie en guerre.

Critiqués pour leur inaction, ces pays occidentaux condamnent aussi, dans leur déclaration commune, "les actions du régime syrien et de ses partisans étrangers, en particulier la Russie, pour leur obstruction à l'aide humanitaire".

John Kerry et Sergueï Lavrov à New York le 22 septembre 2016.

John Kerry et Sergueï Lavrov à New York le 22 septembre 2016.

Ce projet de cessez-le-feu devrait être discuté par les chefs de la diplomatie américaine et russe, John Kerry et Sergueï Lavrov, dont le pays soutient militairement le régime syrien, vers 19h TU à Hambourg (Allemagne).

Mais les différents appels à la trêve ont peu de chances d'être entendus par le régime de Bachar al-Assad qui, fort de ses succès militaires, a exclu tout cessez-le-feu "ne prévoyant pas la sortie de tous les terroristes" d'Alep-Est.

Cinq ans et demi après le début du conflit, le régime est en bonne position pour infliger sa défaite la plus cuisante à l'opposition armée en reprenant la totalité d'Alep, son ex-capitale économique.

Les rebelles contrôlaient Alep-Est depuis 2012, mais le régime a réussi à reprendre 80% des quartiers rebelles dans ce secteur à la faveur d'une offensive dévastatrice lancée le 15 novembre avec des milices alliées, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Mercredi, les forces prorégime ont encore remporté une victoire symbolique en reprenant la Vieille ville, le coeur historique d'Alep, sans même combattre. Les rebelles s'en sont retirés "de peur d'être assiégés", selon l'OSDH.

- Situation 'déchirante' -

Les soldats, appuyés par des combattants venus d'Iran et de Liban, occupent toute la partie à l'est de la célèbre citadelle, le monument emblématique d'Alep qui est toujours resté aux mains du régime.

Au pied de cet imposant édifice médiéval, s'étend la Vieille ville, qui était le coeur touristique d'Alep avec ses immenses souks, ses hôtels et restaurants, totalement désertés depuis le début de la guerre en 2011.

Selon un correspondant de l'AFP, les dernières zones encore aux mains des rebelles sont soumises à d'intenses bombardements du régime, qui prépare ainsi l'avancée de ses troupes.

Cette tactique lui permet de reprendre quartier après quartier et d'acculer les insurgés dans la partie Sud, où ils sont assiégés de tous les côtés et dans l'impossibilité de recevoir des renforts.

Dans leur appel, les groupes rebelles réclament que les civils "qui souhaitent quitter Alep-Est assiégée" puissent se rendre "dans le nord de la province d'Alep", où les rebelles contrôlent encore une partie du territoire.

Ils souhaitent que des "négociations sur l'avenir de la ville" puissent débuter lorsque la situation humanitaire se serait améliorée.

Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a jugé "déchirante" la situation des civils à Alep, après avoir appelé lui aussi à un cessez-le-feu.

- Exode de civils -

L'intensité des combats accélère l'exode de la population: 80.000 personnes ont fui Alep-Est depuis le 15 novembre, a indiqué l'OSDH. Quelque 250.000 habitants y résidaient avant l'offensive.

Les déplacés cherchent refuge dans les quartiers gouvernementaux de l'ouest de la ville ou dans les zones contrôlées par les forces kurdes, a précisé Rami Abdel Rahmane, le directeur de l'OSDH. D'autres habitants ont fui dans des quartiers encore aux mains des rebelles.

"Nous n'avons pas dormi, la situation est très difficile", a raconté à l'AFP Oum Abdo, une femme de 30 ans qui a quitté le quartier de Bab al-Hadid avec son mari, ses cinq enfants et sa mère. "Les quatre derniers jours ont été très éprouvants", a-t-elle ajouté, en attendant de monter dans un bus affrété par le gouvernement pour se rendre dans un camp de déplacés.

Hassan Atlé, qui a quitté son quartier de Bayada, témoigne des difficultés qu'il avait à acheter les biens de première nécessité depuis le début du siège d'Alep-Est en juillet. "Les hausses de prix étaient incroyables. C'était vraiment difficile de se procurer du lait ou des couches pour mon fils de 8 mois. Heureusement que les gens se sont entraidés", raconte-t-il.

Au moins 369 civils ont été tués, dont 45 enfants, à Alep-Est depuis le 15 novembre, selon l'OSDH. 92 civils, dont 34 enfants, l'ont été dans la partie occidentale d'Alep visées quotidiennement par des tirs rebelles.

L'un de ces tirs a entraîné le décès d'un colonel russe, qui est devenu l'un des plus hauts gradés tués en Syrie depuis le début de l'intervention russe le 30 septembre 2015, selon Moscou.

Avec AFP

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