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Sur les plages du détroit de Gibraltar, les "narcos" narguent la police

  • VOA Afrique

Des gens profitent de la plage alors que la police patrouillent, dans le détroit de Gibraltar, le 10 août 2015.

Agressions de gardes civils, déchargements de drogue en plein jour: les narcotrafiquants agissant sur les plages de l'extrême sud de l'Espagne, face au détroit de Gibraltar, narguent de plus en plus ouvertement les forces de l'ordre.

"La sensation d'impunité est totale", se désole Juan Franco, maire de La Linea de la Concepcion, commune la plus touchée.

Dans cette ville de 65.000 habitants frontalière de l'enclave sous administration britannique de Gibraltar, "la goutte d'eau qui a fait déborder le vase" remonte au 16 avril, raconte Raul Zambrano, de l'Association espagnole de gardes civils (AEGC).

Indigné, il montre une vidéo sur son téléphone portable: des hommes cagoulés débarquent une cargaison de haschich, en pleine journée, dans le port de pêche de La Linea, tandis que dans les rues voisines, une centaine de personnes caillassent sept agents qui tentent d'empêcher la livraison des deux "narco-bateaux".

"Comme l'administration n'a rien fait, ils pensent que c'est un droit acquis", dénonce Raul Zambrano.

Les bateaux chargés de haschich en provenance du Maroc "arrivent à toute heure", confirme un trentenaire qui travaille à quelques dizaines de kilomètres et refuse de donner son nom.

L'opération, explique-t-il, est bien rôdée: "Il y a toujours une équipe d'hommes, les uns pour recevoir les cargaisons, les autres pour la transporter dans des voitures, d'autres pour la garder".

Une fois la drogue débarquée, les trafiquants, pour la plupart des Espagnols de la région, n'hésitent pas à défier les forces de l'ordre pour l'acheminer vers des caches.

"Ils utilisent trois voitures: une pour donner l'alerte, l'autre pour transporter la drogue et une troisième pour percuter" les véhicules policiers si nécessaire, affirme à l'AFP Paco Mena, président d'une association antidrogue.

José Cobo, secrétaire de presse de l'AEGC, confirme, et ajoute que même les embarcations de la garde civile sont visées par les bateaux des trafiquants.

"On peut y laisser sa peau", se plaint José Encinas, le secrétaire provincial de l'association unifiée de gardes civils (AUGC), dénonçant, comme Raul Zambrano et José Cobo, le "manque considérable de moyens" de la lutte antidrogue.

"Leurs bateaux peuvent atteindre 65 noeuds de vitesse, les nôtres 45 pour le plus rapide", précise José Encinas.

'David contre Goliath'

"C'est une guerre sans égal, de David contre Goliath", affirme Raul Zambrano. Les deux associations de gardes civils réclament au moins 200 agents supplémentaires pour surveiller la région.

A La Linea, "la police dispose de six véhicules, mais cinq sont à l'atelier", témoigne aussi Juan Franco, qui demande à l'Etat d'intervenir car la mairie est "ruinée" et n'a "ni les compétences ni les moyens".

La situation de la province de Cadix, où se trouve La Linea, est explosive.

Selon le ministère de l'Intérieur, 40% du haschich saisi en Espagne en 2016 l'a été dans cette province, soit 150 tonnes.

Cadix est la porte d'entrée en Europe de cette drogue acheminée ensuite vers le nord, jusqu'aux Pays-Bas.

La province de Cadix détient un autre triste record avec le taux de chômage le plus élevé d'Espagne, à 35%.

"Des circonstances idéales pour que des structures mafieuses s'implantent", explique Juan Franco, reconnaissant que dans certains quartiers les habitants "ont peur" de dénoncer.

Dans ce contexte "beaucoup de gens sont prêts à risquer leur vie" pour gagner 2.000 euros en 20 minutes, en contrôlant une livraison de drogue, explique Paco Mena.

D'autant que certains estiment que "cela ne coûte pas cher", car "la condamnation est la même que vous transportiez 50 ou 3.000 kilos de haschich".

La police a justement annoncé dimanche avoir arrêté 30 membres de "Los Castañas", "la plus grande organisation dédiée au trafic de haschich" dans la région. Elle a annoncé la saisie d'une tonne de drogue, 16 véhicules et trois embarcations.

Mais "dans bien des cas, (les trafiquants) sont capturés, remis à la justice, versent la caution et sont dehors le lendemain: l'effet d'appel est donc énorme", dénonce Juan Franco.

La solution pour Paco Mena passe par davantage de moyens pour les forces de l'ordre, des peines plus sévères et un plan ambitieux contre le chômage, en commençant par les quartiers où 80% des jeunes sont sans emploi.

Avec AFP

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