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Soudan du Sud : les ONG empêchées de travailler, la famine menace toujours plus


Bentiu, Soudan du Sud, après un raid de l'aviation soudanaise, le 14 avril 2012.

Bentiu, Soudan du Sud, après un raid de l'aviation soudanaise, le 14 avril 2012.

Deux semaines après la mise en garde de l'ONU sur le risque de famine au Soudan du Sud, les ONG sont forcées de constater leur impuissance, n'ayant pas accès aux zones les plus menacées, en raison de la violence incontrôlée qui y règne.

Fin octobre, trois organisations des Nations unies, le Fonds pour l'enfance (Unicef), l'Organisation pour l'agriculture et l'alimentation (FAO) et le Programme alimentaire mondial (PAM) avaient prévenu que plus de 30 000 personnes risquaient de mourir de faim au Soudan du Sud, faute d'aide d'urgence.

En dépit de l'accord de paix signé le 26 août, les combats n'ont jamais cessé entre forces gouvernementales et rebelles, et la communauté internationale ne peut rien faire d'autre que de reprocher aux deux camps de bloquer l'acheminement de cette aide.

Le Soudan du Sud est le théâtre depuis décembre 2013 d'une terrible guerre civile opposant l'armée régulière, fidèle au président Salva Kiir, à une rébellion dirigée par son ancien vice-président et rival Riek Machar.

MSF : une crise humanitaire "d'une ampleur sans précédent"

Pour l'ONG Médecins sans frontières (MSF), la "crise humanitaire dans le sud de l'Etat d'Unité (nord) est d'une ampleur sans précédent", avec "des violences répétées et ciblées" à l'encontre des civils.

Habitué à intervenir dans les pays les plus dangereux de la planète, MSF a pourtant indiqué n'avoir "jamais observé auparavant ce niveau de violence et de brutalité".

Bien que l'état de famine n'ait pas été officiellement déclaré au Soudan du Sud, le pays traverse, selon l'ONU, sa pire période depuis le début d'un conflit marqué par des massacres ethniques, meurtres, viols de femmes et d'enfants, tortures, déplacements forcés, enrôlement d'enfants, attribués aux deux camps.

Combats et atrocités ont fait plusieurs milliers de morts et déplacé depuis deux ans plus de 2,2 millions de personnes, soit près du quart de la population.

Contraintes à quitter leur foyer, de nombreuses personnes n'ont plus d'abris, explique Lindsay Hamsik, du Forum des ONG au Soudan du Sud, un collectif de plus de 300 organisations sud-soudanaises et internationales.

"Les engagements pris au niveau politique ne se concrétisent pas sur le terrain", explique-t-elle à l'AFP. "Cela signifie qu'on continue à perdre des vies, et que les civils continuent à être terrorisés et à se voir refuser le droit d'être aidés."

L'Etat d'Unité le plus touché

Les zones les plus touchées se situent dans l'Etat d'Unité, qui était auparavant la principale zone pétrolifère du pays mais où se déroulent désormais les combats les plus violents.

"Toutes les parties doivent lever sans attendre tous les obstacles qui empêchent les organisations humanitaires d'accéder" à ces zones, ont demandé la semaine passée les représentants de l'Union européenne, des Etats-Unis, du Canada, de Norvège et de Suisse en poste à Juba, la capitale sud-soudanaise.

"Il est crucial d'éviter la famine qui s'annonce", ont-ils ajouté.

La plupart des ONG avaient été forcées de se retirer en mai des zones de guerre, face à la violence des combats.

"Nos efforts pour nous permettre d'y retourner ont échoué", a déclaré Caelin Briggs, de l'ONG Norwegian Refugee Council (NRC). "Même si nous souhaitons y retourner, et que nous saisirons la moindre opportunité, nous ne pouvons pas le faire tant que la violence continue."

N'étant pas présents sur le terrain, les humanitaires redoutent de ne pas prendre la mesure de la crise.

"Les équipes de MSF dans l'Etat d'Unité entendent parler au quotidien d'extorsions, d'enlèvements, de viols collectifs et de meurtres, et ont vu des des villages réduits en cendres, des récoltes pillées et saccagées", a ajouté l'ONG.

Les zones les plus affectées sont les comtés de Leer - où MSF avait dû suspendre ses activités début octobre après une nouvelle attaque -, Guit, Koch et Mayendit, dans l'Etat d'Unité.

"Les violences contre la population civile s'intensifient", insiste Tara Newell, de MSF. Avant que l'ONG n'ait été obligée d'évacuer Leer, des dizaines d'enfants sous-alimentés avaient besoin de soins spécifiques pour survivre. Ces enfants sont aujourd'hui "très probablement décédés", s'indigne Mme Newell.

Les humanitaires envisagent avec pessimisme l'avenir. "Les gens ont épuisé leurs dernières ressources", constate Lindsay Hamsik. "C'est déjà une crise humanitaire et cela va encore s'aggraver."

AFP

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