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Soudan du Sud : deuxième jour sans heurts à Juba, quadrillée par les soldats


Des rebelles sud-soudanais lèvent leurs armes dans un camp militaire dans la capitale Juba, Soudan du Sud, 7 avril 2016. (AP Photo / Jason Patinkin)

Des rebelles sud-soudanais lèvent leurs armes dans un camp militaire dans la capitale Juba, Soudan du Sud, 7 avril 2016. (AP Photo / Jason Patinkin)

Les armes étaient visibles mais silencieuses mercredi dans la capitale sud-soudanaise Juba, où un cessez-le-feu décrété lundi soir après quatre jours de combats était respecté pour la deuxième journée consécutive, tandis que la population, traumatisée, peinait à accéder à l'eau et à la nourriture.

Aucun tir n'a été entendu dans la nuit ou dans la matinée, aucun hélicoptère de combat n'a été vu dans le ciel et les rues retrouvaient petit à petit une activité normale, a rapporté un correspondant de l'AFP.

La situation était toutefois différente dans le quartier de Jebel (ouest), où les combats ont été parmi les plus violents de vendredi à lundi soir entre forces loyalistes fidèles au président Salva Kiir et ex-rebelles aux ordres du vice-président Riek Machar, la population apeurée n'osant pas s'aventurer dans les rues.

A l'aéroport, des avions ont décollé, mais les vols commerciaux restaient suspendus.

Interrogé par l'AFP, un habitant de Juba souhaitant conserver l'anonymat a toutefois assuré que la tension restait palpable et évoqué une forte présence militaire dans la capitale, avec de nombreuses patrouilles des forces loyalistes.

"Ils patrouillent par groupes de cinq ou dix", dans des pick-ups équipés de mitrailleuses, dans des voitures, à vélo ou à pied, a affirmé la même source. "Mais ils n'embêtent personne, ils s'occupent de leurs affaires".

Aucun bilan des quatre jours de combats n'était disponible, mais la plupart des acteurs s'accordent à dire que "des centaines" de personnes, militaires et civils, dont deux Casques bleus chinois, ont été tuées dans ce déferlement de violence, qui met gravement en péril un accord de paix signé en août 2015.

Le Soudan du Sud, indépendant depuis 2011, est déchiré depuis décembre 2013 par une guerre civile marquée par des massacres inter-ethniques et qui a déjà fait plusieurs dizaines de milliers de morts et près de trois millions de déplacés.

Prix plus que doublés

Lundi soir, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon avait réclamé "un embargo immédiat sur les armes" destinées au pays et appelé à "renforcer" la mission de l'ONU au Soudan du Sud (Minuss) en la dotant notamment d'hélicoptères de combat.

Au moins 36.000 habitants apeurés ont dû fuir leurs foyers en raison de la récente flambée de violence et se sont réfugiés dans les installations de l'ONU, les églises et les écoles de la capitale, selon le Bureau de coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (Ocha).

La ville doit également surmonter à présent un approvisionnement en eau défaillant : Juba, qui abrite plus d'1,5 million d'habitants, compte peu de puits et l'acheminement de l'eau se fait par camions citernes, immobilisés par les affrontements depuis vendredi, a rapporté le correspondant de l'AFP.

Sur les marchés, "certains profitent de la situation", a par ailleurs regretté un habitant de Juba, selon lequel "les magasins ont rouvert, les gens retournent au marché, mais les prix ont augmenté, ils ont plus que doublé, principalement pour la nourriture et les transports".

La directrice du Programme alimentaire mondial (PAM), Ertharin Cousin, a affirmé à l'AFP à Amman, que "trois quarts de la population du Soudan du Sud a besoin d'une assistance humanitaire".

Au marché de Jebel, de nombreux sacs en plastiques jonchaient les rues, signe des pillages ayant visé les étals lors des derniers jours, selon des photos publiées sur les réseaux sociaux.

'Ne tuez pas les pauvres gens'

Tandis que l'activité reprenait timidement à Juba, les premiers témoignages de civils pris dans les combats commençaient à émerger. "Sans nourriture et sans eau, où pouvons-nous aller?", s'était lamentée mardi auprès de l'AFP Jaen Nyoka, une habitante réfugiée dans une église.

"Riek Machar, Salva (Kiir), aidez les Sud-Soudanais, nous les enfants n'avons de problème avec personne, alors si vous voulez tuer, ne tuez pas les pauvres gens n'ayant rien à voir avec la politique", s'est exclamé, en pleurs, Stephen Saba, un jeune garçon disant avoir perdu ses parents et ses frères en raison des combats.

La Croix-Rouge s'était plainte mardi de n'avoir pu accéder qu'à une partie de la ville pour venir en aide aux déplacés, ajoutant n'avoir pu en aider que 4.000 environ.

Et le secrétaire général du Conseil norvégien pour les Réfugiés (NRC), Jan Egeland, résumait parfaitement mercredi matin la frustration des humanitaires.

"Nous sommes venus avec nos experts et toutes nos ressources humanitaires", a-t-il souligné dans un communiqué. "Mais maintenant, nous sommes forcés de suspendre nos opérations dans les zones les plus affectées et nous nous inquiétons de la sécurité de notre personnel".

Et de conclure : "Nous ne pouvons pas aider le Soudan du Sud si ses leaders ne souhaitent pas unir leurs forces pour construire leur nation".

Avec AFP

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