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Sommet anti-corruption: Londres s'engage contre l'argent sale dans l'immobilier


Le Président de la Chambre des communes John Bercow, à gauche, présente le Premier ministre britannique David Cameron, au centre, à la reine Elizabeth, à Londres, le mardi 10 mai 2016. (Paul Hackett / Pool photo via AP)

Le Président de la Chambre des communes John Bercow, à gauche, présente le Premier ministre britannique David Cameron, au centre, à la reine Elizabeth, à Londres, le mardi 10 mai 2016. (Paul Hackett / Pool photo via AP)

Le Premier ministre britannique David Cameron a annoncé jeudi des mesures inédites pour lutter contre l'afflux d'argent sale dans l'immobilier au Royaume-Uni, au moment d'accueillir un sommet anticorruption à Londres.

Plusieurs chefs d'Etat, dont les présidents de l'Afghanistan et du Nigeria, le secrétaire d'État américain John Kerry, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI) Christine Lagarde et le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim entre autres devront signer une déclaration promettant de nouvelles actions.

"La corruption est un cancer qui sévit au coeur de tant de problèmes dans le monde aujourd'hui. Elle détruit des emplois et freine la croissance, privant l'économie mondiale de milliards de livres chaque année", a écrit dans le Guardian David Cameron, qui doit clôturer le sommet en milieu d'après-midi.

Mais les ONG et militants anticorruption attendent surtout des mesures concrètes, un mois après les révélations des "Panama Papers" qui ont mis au jour l'utilisation à grande échelle de sociétés offshore permettant de placer des actifs dans des territoires opaques et à très faible fiscalité.

Quelques heures avant l'ouverture du sommet, David Cameron a pris les devants en affirmant que "les entreprises étrangères qui possèdent ou veulent acheter un bien au Royaume-Uni devront désormais révéler le nom du véritable propriétaire".

La mesure, très attendue, vise d'abord les quelque 100.000 logements en Angleterre et au Pays de Galles, dont 44.000 rien qu'à Londres selon les chiffres officiels, qui sont détenus actuellement par des sociétés offshore sans qu'on ne connaisse l'identité réelle de leur bénéficiaire.

- 'Refuge pour l'argent volé' -

Sans être illégale, la pratique a transformé l'immobilier londonien en "refuge pour l'argent volé du monde entier", selon l'association Transparency International. Entre 2004 et 2014, des biens immobiliers d'une valeur totale de 180 millions de livres ont été visés par des enquêtes de la police pour corruption. Transparency International estime qu'il ne s'agit là que "de la partie émergée de l'iceberg".

"Le nouveau registre pour les entreprises étrangères signifiera que les individus et les pays corrompus ne seront plus en mesure de faire transiter, de blanchir et de cacher de l'argent sale à travers le marché immobilier londonien", a affirmé Downing Street.

Robert Palmer, de l'ONG Global Witness, a applaudi "un pas en avant". "Mais la plus grande pièce du puzzle manque toujours: que les paradis fiscaux montrent patte blanche", a-t-il déclaré à l'AFP.

Le gouvernement britannique a ajouté que "la France, les Pays-Bas, le Nigeria et l'Afghanistan allaient suivre le leadership du Royaume-Uni en s'engageant à lancer leurs propres registres publics sur les bénéficiaires effectifs des sociétés offshore".

Un décret instituant un tel registre a été publié mercredi en France. Il doit regrouper "16.000 entités aujourd'hui en France dont le public ne connaît pas les propriétaires ou les bénéficiaires", a indiqué le ministre français des Finances Michel Sapin.

Dans une interview au Guardian mercredi soir, M. Sapin a fait part de son sentiment que la Grande-Bretagne voulait "sincèrement mettre fin à certaines pratiques".

- Complaisance -

Outre l'immobilier, Londres a annoncé la mise en place d'un échange automatique d'informations sur les registres avec certains de ses territoires outre-mer et des dépendances de la Couronne, sans préciser lesquels.

La crédibilité de David Cameron en tant qu'hôte du sommet a été mise a mal par le fait qu'il a lui-même été éclaboussé par le scandale des "Panama Papers".

Lors d'une séquence particulièrement pénible pour son image, il a dû admettre qu'il avait détenu des parts dans la société offshore de son père Ian, décédé en 2010.

Le Royaume-Uni a également été pointé du doigt pour sa complaisance envers ses territoires d'outre-mer les moins vertueux: sur les 214.000 entreprises représentées par le cabinet panaméen Mossack Fonseca, plus de la moitié sont domiciliées dans les îles Vierges britanniques. Celles-ci ne seront pas représentées à Londres, pas plus que le Panama.

Pour finir, David Cameron s'est fendu d'une gaffe diplomatique mardi en qualifiant le Nigeria et l'Afghanistan de pays "extraordinairement corrompus". Il a rectifié le tir le lendemain en soulignant que leurs présidents "avaient fait des efforts remarquables".

Selon Jose Ugaz, le président de Transparency International, la lutte doit être menée de concert entre pays riches et pays défavorisés. "Il faut être deux pour danser le tango", a-t-il dit à l'AFP.

Avec AFP

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