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Le Sénégal manque de place pour soigner ses brûlés


Les membres de l'association "Sourire aux brûlés" en réunion à Dakar, au Sénégal, le 23 avril 2017. (VOA/Seydina Aba Gueye)

Avec ses 30 morts et une centaine de blessés, le drame du pèlerinage de Médina Gounass au sud du Sénégal a montré l'insuffisance criante d'infrastructures adaptées à la prise en charge des grands brûlés au Sénégal.

L’absence de soins adéquats pour les blessés de l’incendie du Daaka de Médina Gounass a révélé les graves défaillances du système de santé sénégalais. Le pays ne dispose que de cinq lits adaptés à la prise en charge des grands brûlés.

Le professeur Mame Thierno Dieng, dermatologue à l’hôpital Le Dantec de Dakar, juge la gravité de la situation.

"En ce qui concerne les brûlures, ce n’est pas tant une absence de ressources humaines mais c’est surtout une absence totale d’un service des brûlés. Parce que la brûlure, effectivement, altère la peau et en altérant la peau ça lui ôte sa fonction la plus importante qui est la fonction de protection contre les infections et contre les pertes hydriques", explique-t-il.

"On aurait dû effectivement faire preuve d’anticipation en mettant en place un service des brûlés. Si on n’a pas les équipements qu’il faut en terme d’infrastructures, ça se ressentira nécessairement sur la qualité de la prise en charge des malades", souligne-il.

L’hôpital Principal de Dakar, seule structure sanitaire du Sénégal pouvant prendre en charge les grands brûlés au Sénégal, le 24 avril 2017. (VOA/Seydina Aba Gueye)
L’hôpital Principal de Dakar, seule structure sanitaire du Sénégal pouvant prendre en charge les grands brûlés au Sénégal, le 24 avril 2017. (VOA/Seydina Aba Gueye)

Au-delà de l’aspect médical, le Professeur Dieng déplore une injustice sociale : "cela créé une certaine discrimination financière à l’accès aux soins. Les grands brûlés de ce pays qui en ont les moyens se font amener à Lyon où il y a un grand centre des brûlés mais cela coûte excessivement cher et les populations sénégalaises les plus pauvres et les plus vulnérables n’ont pas les moyens d’accéder à ses soins."

Face à cette situation, certaines victimes de brûlures graves ont mis sur pied l’association "Sourire aux brûlés" pour trouver des alternatives comme l’indique Khadija Athie, vice-présidente de la structure.

"Ils ont besoin d’un soutien moral, d’un soutien financier et de dons en nature", a-t-elle déclaré.

Les membres de l'association "Sourire aux brûlés" en réunion à Dakar, au Sénégal, le 23 avril 2017. (VOA/Seydina Aba Gueye)
Les membres de l'association "Sourire aux brûlés" en réunion à Dakar, au Sénégal, le 23 avril 2017. (VOA/Seydina Aba Gueye)

"Dans le moyen terme, on prévoit d’organiser des journées de sensibilisation sur les accidents domestiques parce que c’est là que se produisent le plus d’accidents et le plus souvent c’est les brulures aux gaz, à l’électricité et aux produits chimiques. Et à long terme avoir assez de partenaires pour mettre à la disposition des accidentés une ambulance médicalisée, un numéro vert et pour finir construire un centre de soins spécialisé même si ce ne sera pas une tâche facile", confie Khadija Athie.

Au Sénégal, les grands brûlés espèrent que l’incendie du Daaka de Médina Gounass va amener les autorités à prendre conscience de la nécessité d’avoir un hôpital des grands brûlés.

Annoncé depuis 2014, le service des grands brûlés du centre hospitalier universitaire de Fann n’a toujours pas vu le jour.

Seydina Aba Gueye, correspondant à Dakar

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