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Après les secours en mer de migrants, la fragile routine de l'accueil en Italie


Des migrants attendent pour descendre du bateau de la Royal Navy Ship HMS Enterprise dans un port sicilien, à Catane, Italie, le 23 octobre 2016.

Des migrants attendent pour descendre du bateau de la Royal Navy Ship HMS Enterprise dans un port sicilien, à Catane, Italie, le 23 octobre 2016.

Après une semaine qui a vu plus de 8.000 migrants secourus au large de la Libye et au moins une cinquantaine de morts ou disparus, l'Italie se prépare à accueillir ces nouveaux arrivants, avec une inquiétude particulière pour les nombreux mineurs non accompagnés.

Samedi matin, un navire des gardes-côtes a débarqué plus de 460 personnes à Naples, tandis que le navire britannique Enterprise, engagé dans l'opération européenne anti-passeurs Sophia, est arrivé à Catane (Sicile) sous les applaudissements des quelques 625 migrants à bord.

Le pétrolier Okyroe, réquisitionné par les gardes-côtes italiens, était attendu dans la soirée à Augusta (Sicile) avec 800 passagers.

La route sera plus longue pour les 840 migrants de la Werra, un navire allemand de l'opération Sophia attendu lundi à Messine (Sicile), et plus encore pour les 510 autres à bord de l'Aquarius, affrété par les ONG SOS Méditerranée et Médecins sans frontières, qui font route vers Tarante, sur le talon de la botte italienne.

Quand aux 1.093 migrants recueillis par le Siem Pilot, un navire norvégien engagé dans le dispositif de l'agence européenne de contrôle des frontières Frontex, ils ont dû faire un détour par l'île de Lampedusa pour y déposer dimanche matin deux nouveaux-nés et leurs familles.

Le plus jeune est né dans la nuit, dans un conteneur aménagé en infirmerie sur le pont. Prématuré, il ne pèse que 1,250 kg. "Il y a toujours un risque avec toutes les grossesses mais cela s'est bien passé", a déclaré le médecin Hans Christian Vik, 31 ans, à une équipe de l'AFP embarquée sur le navire.

En apercevant l'île, les migrants ont commencé à se préparer pour débarquer. Mais ils ont dû s'installer de nouveau: ils sont attendus lundi matin à Palerme (Sicile).

Texte lundi au Parlement

Pour l'Italie, qui a vu débarquer déjà sur ses côtes près de 150.000 migrants cette année et plus de 500.000 depuis l'été 2013, ces arrivées massives sont de l'ordre de la routine. A chaque fois, des cars attendent les migrants pour les répartir à travers toute la péninsule.

"Il y a un grand mouvement de solidarité. Police, Caritas, protection civile, tout le monde est mobilisé. La machine est en route et le premier accueil fonctionne bien", a assuré Raffaele Del Giudice, maire adjoint de Naples, interrogé par la télévision pendant les arrivées de la matinée.

Mais contrairement aux années précédentes, la généralisation de l'identification à l'arrivée et la fermeture de facto des frontières au nord bloque en Italie des migrants qui pensaient poursuivre leur périple vers l'Europe du Nord.

Résultat, les centres d'accueil hébergeaient en début de cette semaine près de 165.000 personnes, soit 60% de plus qu'il y a un an et près du triple d'il y a deux ans. Et ce dans des conditions difficiles puisqu'en raison des lenteurs de l'administration italienne, nombre de gestionnaires de ces centres -- souvent d'anciens hôtels ou centres de loisirs réaménagés -- n'ont pas touché un centime depuis le printemps.

Selon le projet de budget envoyé le 15 octobre par le gouvernement italien à Bruxelles, l'Italie a dépensé 3,3 milliards d'euros en 2015 pour faire face à l'urgence migratoire, et prévoit entre 3,3 et 3,8 milliards cette année.

Un effort particulier devra être fait en faveur des mineurs non accompagnés, le plus souvent des adolescents de 15 à 17 ans: l'Italie en a vu arriver près de 20.000 cette année, soit déjà entre 50 et 60% de plus que les deux dernières années.

La chambre des députés doit examiner à partir de lundi une proposition de loi pour mieux les accueillir et s'assurer qu'ils ne fuguent plus par milliers des centres d'hébergement. Le plus souvent, ils partent volontairement pour rejoindre des proches dans d'autres pays, mais se retrouvent alors à la merci de réseaux criminels.

Le texte, soutenu par un large spectre de la classe politique, prévoit de les intégrer dans le réseau d'aide aux demandeurs d'asile même s'ils ne sont pas demandeurs et d'assigner à chacun un tuteur personnel. Pour l'instant, cette fonction est dévolue au maire de la commune où ils sont arrivés, qui n'a pas toujours les moyens de l'assurer.

Avec AFP

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