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Le Rwanda, accusé d'ingérence, veut renvoyer les réfugiés burundais vers d'autres pays


Des réfugiés burundais dans le camp de Gashora, au Rwanda, le 21 avril 2015. (AP Photo/Edmund Kagire)

Des réfugiés burundais dans le camp de Gashora, au Rwanda, le 21 avril 2015. (AP Photo/Edmund Kagire)

Des experts de l'ONU avaient accusé le Rwanda de recruter et d'entraîner des réfugiés du Burundi voisin afin de renverser le président burundais, des accusations reprises par les Etats-Unis.

Le Rwanda a fait part vendredi de son intention de renvoyer les réfugiés burundais qui sont sur son sol vers d'autres pays, Kigali étant accusé d'ingérence dans les affaires du Burundi, plongé dans une grave crise politique depuis avril 2015.

"Le gouvernement rwandais a annoncé aujourd'hui (vendredi) qu'il allait immédiatement commencer à travailler avec les partenaires de la communauté internationale pour préparer, de manière ordonnée et sûre, le transfert des réfugiés burundais vers des pays tiers", a-t-il annoncé dans un communiqué.

"Le Rwanda remplit sans hésiter ses obligations de protection des réfugiés. Cependant, l'expérience dans la région des Grands Lacs montre que la présence à long terme de réfugiés si près de leur pays d'origine, présente des risques considérables pour toutes les personnes concernées", a-t-il ajouté.

La semaine dernière, des experts de l'ONU avaient accusé le Rwanda de recruter et d'entraîner des réfugiés du Burundi voisin afin de renverser le président burundais Pierre Nkurunziza.

Ces accusations ont été reprises mercredi par les Etats-Unis, qui ont reproché au Rwanda de chercher à "déstabiliser" le Burundi, en enrôlant des réfugiés burundais dans une opposition armée contre le régime du président burundais.

Le Burundi a accusé à plusieurs reprises Kigali de soutenir des rebelles qui tentent de renverser son gouvernement. Le Rwanda a rejeté ces accusations.

Quelque 75.000 Burundais ont trouvé refuge au Rwanda, dont 25.000 à Kigali, où se concentrent notamment hommes politiques, militants associatifs ou journalistes, menacés dans leur pays.

"L'indifférence totale aux cause profondes, bien connues, de l'instabilité au Burundi et de l'exode des réfugiés est troublante", a fustigé dans ce communiqué la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo.

"Cela expose également les réfugiés à des menaces accrues de forces situées dans leur pays et compromet les efforts en faveur de solutions politiques durables. Pour le Rwanda, les risques croissants pour notre sécurité nationale et les malentendus sur notre politique étrangère sont inacceptables", a-t-elle ajouté.

Le Rwanda a souligné avoir demandé ces derniers mois à ses "partenaires internationaux et à des organisations d'accueillir les Burundais vivant dans des camps et des villes au Rwanda", sans aucune réponse pour l'instant.

Le gouvernement rwandais n'a pas précisé quels pays étaient à ses yeux susceptibles d'accueillir ces réfugiés.

Les autres pays de la région abritent déjà des milliers de réfugiés burundais, dans des camps souvent bondés. La Tanzanie en recense 130.000, l'Ouganda 21.000 et la République démocratique du Congo 18.000.

Le Burundi est plongé dans une profonde crise politique depuis la candidature fin avril 2015 du président Pierre Nkurunziza - réélu en juillet - à un troisième mandat. L'opposition, la société civile et une partie de son camp jugent ce troisième mandat contraire à la Constitution et à l'Accord d'Arusha, qui avait mis fin à la guerre civile (1993-2006).

Les violences ont déjà fait plus de 400 morts et poussé plus de 240.000 personnes à quitter le pays, parmi lesquels de nombreux opposants, militants associatifs et journalistes, selon l'ONU.

AFP

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