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La Russie prend des premières mesures pour normaliser ses relations avec la Turquie


Le président russe Vladimir Poutine (à gauche) et le président turc Recep Tayyip Erdogan au G20 le 16 novembre 2015.

Le président russe Vladimir Poutine (à gauche) et le président turc Recep Tayyip Erdogan au G20 le 16 novembre 2015.

La Russie a commencé mercredi à normaliser ses relations avec la Turquie après des mois d'une grave crise diplomatique provoquée par le crash d'un bombardier russe abattu par des F-16 turcs au-dessus de la frontière avec la Syrie.

L'amélioration des relations entre les deux pays, après des mois de critiques et d'invectives violentes, est intervenue après que le Kremlin a annoncé lundi avoir reçu une lettre d'apaisement envoyée par le président turc Recep Tayyip Erdogan à son homologue russe Vladimir Poutine.

Mercredi, les deux hommes se sont parlé pour la première fois au téléphone depuis le début de leur brouille, et ont décidé d'une prochaine rencontre.

Premiers signes de détente : Vladimir Poutine a ordonné la levée des sanctions contre la Turquie dans le domaine touristique et la "normalisation" des relations commerciales avec Ankara.

"J'ai demandé au gouvernement de commencer le processus de normalisation du commerce et de nos relations économiques", a déclaré Vladimir Poutine lors d'une réunion du gouvernement, peu après son entretien téléphonique avec M. Erdogan.

Après le crash de l'avion russe abattu par la Turquie, Moscou avait en effet adopté des mesures de rétorsion, essentiellement commerciales, envers Ankara, qui comprenaient entre autres un embargo sur l'importation de fruits et légumes turcs et l'interdiction pour les employeurs russes d'embaucher des travailleurs turcs.

Furieuse, la Russie avait également rétabli à partir du 1er janvier 2016 les visas pour les Turcs, interdit des vols charter vers la Turquie et la vente des voyages vers ce pays par les tour-opérateurs russes, portant un coup dur au secteur du tourisme turc.

"Nous levons les restrictions administratives dans ce domaine" contre la Turquie, a assuré M. Poutine.

Le Kremlin a toutefois jugé "souhaitable que le gouvernement turc prenne des mesures supplémentaires pour assurer la sécurité des citoyens russes sur le territoire turc", alors qu'un triple attentat suicide à Istanbul a fait au moins 41 morts, et 239 blessés, mardi soir à l'aéroport international Atatürk.

"Le président russe a exprimé ses condoléances profondes" pour cet attentat à M. Erdogan, selon un communiqué du Kremlin, lors d'une conversation téléphonique qualifiée par Ankara de "très productive et très positive".

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Selon un responsable turc s'exprimant sous couvert d'anonymat, les deux dirigeants doivent se rencontrer en marge du prochain sommet du G20 en Chine en septembre.

La brouille diplomatique entre les deux pays, qui s'étaient beaucoup rapprochés ces dernières années grâce à de bonnes relations entre MM. Poutine et Erdogan, avait éclaté le 24 novembre quand un bombardier russe Su-24 avait été abattu par l'aviation turque près de la frontière syrienne, provoquant la mort du pilote, tué alors qu'il retombait en parachute après s'être éjecté. La Turquie avait alors assuré que l'appareil russe avait violé son espace aérien, ce que Moscou avait nié.

Ce grave incident, qualifié de "coup de poignard dans le dos" par le président Poutine, avait provoqué une crise aiguë dans les relations russo-turques et avait entraîné de lourdes conséquences pour l'économie turque.

L'économie russe, déjà lourdement affectée par les sanctions occidentales liées à la crise ukrainienne, a également été mise à l'épreuve.

Des experts ont estimé à des centaines de milliers d'euros les pertes des tour-opérateurs russes après l'interdiction de la vente des voyages vers la Turquie, l'une des destinations priviligiées des touristes russes avant la crise.

Le projet de gazoduc TurkStream a été gelé, alors qu'il devait permettre d'acheminer le gaz russe jusqu'en Europe via le territoire turc en contournant l'Ukraine, principal pays de transit gazier mais théâtre d'un conflit armé dans l'est entre les forces ukrainiennes et des rebelles prorusses.

Le soutien apporté par Moscou au président syrien Bachar al-Assad, dont Ankara encourage de son côté activement la chute en soutenant des groupes rebelles, avait tendu les liens entre la Russie et la Turquie avant même le crash du bombardier russe.

Lundi, le Kremlin a affirmé que le président truc Recep Tayyip Erdogan avait présenté ses "excuses" pour cette affaire dans un message envoyé à Vladimir Poutine.

La Turquie n'a de son côté déclaré qu'avoir fait part de ses "regrets" à la Russie.

La main tendue par Ankara va aussi permettre de reprendre le "travail commun sur les problèmes régionaux et internationaux", a souligné le Kremlin dans un communiqué.

Avec AFP

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