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Ruptures des ARV au Congo, les séropositifs crient au scandale


Jean-Pierre Mahoungou, le directeur exécutif du RENAPC exige la disponibilité des ARV pour les six prochains mois, à Brazzaville, Congo, Ngouela Ngoussou, 30 novembre 2016.

Les personnes vivant avec le VIH au Congo-Brazzaville manquent de médicaments. Elles connaissent de longues périodes de ruptures des ARV. Si certains peuvent se partager le traitement, d’autres voient leur état santé se dégrader. Les autorités ont sanctionné cinq directeurs généraux, censés assurer la fourniture des ARV.


Les femmes enceintes crient leur désespoir. Il n’y a pas de réactifs dans les centres spécialisés pour faire leur dépistage. D’autres, déjà séropositives confirmées, mais enceintes manquent d'ARV pour protéger le bébé dans le ventre.

Ce cri d’alarme aurait pu être lancé par les quelque 14.000 personnes sous traitement des ARV au Congo. La situation de rupture est répétitive. Selon les malades, elle dure depuis cinq ans.

Pendant de longs mois, les centres de traitement ne disposent d’aucun comprimé, d’aucun réactif.

Les personnes vivant avec le VIH sont obligées de partager leur traitement avec d’autres malades, tels les fumeurs le feraient avec les mégots de cigarette.

"Pour nous les malades, il est difficile de dire à l’autre qu’il n’y a pas de médicaments. Nous sommes obligés de nous partager le peu. Mais c’est très difficile. Et beaucoup de malades développent des signes bizarres sur la peau ", témoigne Irène Mahoungou, une mère séropositive.

Ecœurées par cette rupture récurrente des ARV au Congo, 28 associations locales des séropositifs, regroupés au sein d’un réseau national, le RENAPC, manifestent depuis quelques jours.

Elles réclament la disponibilité des ARV, au moins pour les six prochains mois.

"Il faut des ARV, des réactifs. Il ne s’agit pas seulement de nous le prouver par les commandes, mais nous voulons voir les produits arriver auprès des malades. Aujourd’hui, il y a une vraie crise de confiance entre les séropositifs et les médecins qui ne peuvent plus administrer un quelconque traitement", indique Jean-Pierre Mahoungou, directeur exécutif du RENAPC.

Dans la société congolaise de nombreuses autres voix s’élèvent pour dénoncer cette situation.

"Le gouvernement doit prendre ses responsabilités afin que les ARV soient disponibles dans les hôpitaux. C’est inadmissible ce qui se passe, c’est une situation très grave", fustige Inès Mvoukani, responsable juridique du Comptoir juridique junior du Congo, un organe qui lutte pour les droits des personnes vivant avec le VIH.

Les autorités préfèrent ne pas évoquer la question.

Cinq directeurs généraux du ministère de la Santé ont été révoqués, accusés de n’avoir pas assuré la couverture des ARV.

Un appel d’offre a par ailleurs été lancé pour l’acquisition de plus 10.000 lots d'ARV et autres réactifs.

Le taux de séroprévalence est estimé à 3,2% au Congo, selon une enquête de 2009. L’ONU SIDA note que plus de 81.000 personnes vivant avec le VIH dans le pays.

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