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Des révélations attendues pour la reprise du procès "Vatileaks"


Les journalistes Gianluigi Nuzzi, à droite, et Emiliano Fittipaldi, à gauche, parlent avec un garde de la Gendarmie du Vatican, le 24 novembre 2015. (AP Photo/Gregorio Borgia)

Les journalistes Gianluigi Nuzzi, à droite, et Emiliano Fittipaldi, à gauche, parlent avec un garde de la Gendarmie du Vatican, le 24 novembre 2015. (AP Photo/Gregorio Borgia)

Le procès "Vatileaks", qui juge cinq personnes dont deux journalistes pour la fuite de documents confidentiels du Vatican, a repris lundi peu avant 15h00 GMT, avec l'audition en séance publique des témoins et peut-être des révélations à la clé.

Liaison présumée entre deux des prévenus, le prélat espagnol Lucio Angel Vallejo Balda, proche de l'Opus Dei, et la consultante italienne en communication, Francesca Chaouqui, piratage informatique et chantage présumé sont au coeur de ce procès, qui se tient à l'intérieur des murs fortifiés du petit Etat, comme pour mieux y contenir ses secrets.

Entièrement vêtue de noir et accompagnée de quatre gardes du corps, Mme Chaouqui, enceinte de six mois, n'a pas fait de déclaration à son arrivée au tribunal.

Emiliano Fittipaldi, l'un des journalistes prévenus, a répété quant à lui devant la presse qu'il n'avait "fait que son travail, c'est-à-dire publier des informations".

Les deux premières journées de lundi et mardi sont consacrées à l'audition des témoins. La liste de ces derniers comprend le nom du numéro deux du Saint-Siège, le cardinal secrétaire d'Etat Pietro Parolin, mais on ignore s'il témoignera cette semaine.

Deux autres proches de Jorge Bergoglio sont également sur cette liste: Mgr Konrad Krajewski, chargé des oeuvres de charité du pape, et le cardinal Santos Abril y Castello, archiprêtre de la basilique Sainte-Marie Majeure.

Samedi matin, une audience à huis-clos d'environ une heure s'est tenue, durant laquelle tous les prévenus étaient présents avec leurs avocats, a rapporté par la suite le père Federico Lombardi, porte-parole du Vatican.

Cette audience "technique" a permis de présenter les résultats des expertises réclamées par les deux "corbeaux" présumés, Mgr Vallejo Balda et Mme Chaouqui, anciens membres ou collaborateurs de la commission chargée par le pape de le conseiller pour la réforme du système financier et économique du Vatican.

Ces expertises concernent des e-mails et messages échangés via l'application Whatsapp, sur des ordinateurs et téléphones saisis par la justice vaticane, afin d'établir ce qui sera retenu dans l'acte d'accusation.

Le prélat espagnol Lucio Angel Vallejo Balda, jusqu'alors aux arrêts domiciliaires, a été extrait de sa cellule de la gendarmerie vaticane pour assister à l'audience.

Il y avait été placé "il y a quelques jours" après avoir "enfreint aux conditions de son statut judiciaire lui interdisant de communiquer avec l'extérieur", a précisé le père Lombardi.

- Embarrassant pour le pape -

Mgr Vallejo Balda, Mme Chaouqui et un autre prévenu italien, Nicola Maio, collaborateur du prélat espagnol, ont eu accès à de nombreux documents lorsqu'ils étaient membres en 2013-2014 de cette commission chargée de faire des propositions de réformes.

Ils comparaissent depuis fin novembre, de même que deux journalistes italiens, Gianluigi Nuzzi et M. Fittipaldi, qui ont utilisé ces documents dans deux livres, "Chemin de croix" et "Avarizia" (Avarice), sur la persistance, malgré la volonté de réforme affichée par le pontife argentin, de dysfonctionnements et malversations financières.

Moins de 20% des dons faits par les croyants est utilisé à des fins de bienfaisance, apprend-on par exemple, en partie à cause des lourdeurs de la bureaucratie vaticane, mais aussi en partie en raison du détournement de ces sommes pour financer le train de vie luxueux de certains cardinaux.

Selon le prélat espagnol, Mme Chaouqui serait une dangereuse manipulatrice qui l'aurait séduite et contraint à divulguer des documents confidentiels, tandis que la consultante assure de son côté n'avoir entretenu que des rapports de travail avec lui.

Tous les prévenus risquent entre quatre et huit ans de prison.

Le procès avait été interrompu fin novembre pour permettre aux juges de collecter et d'étudier différents fichiers informatiques.

Ce nouveau scandale est le second après celui survenu en 2012 dans l'entourage de Benoît XVI, surnommé déjà "Vatileaks". Il touche indirectement le pape François, engagé dans une réforme difficile de la Curie et qui a souligné sa volonté de continuer la lutte contre la corruption.

Il est embarrassant pour lui car les accusés prétendent défendre sa politique d'ouverture et de modernisation, mais aussi parce que deux journalistes y sont jugés, au mépris de la liberté de la presse garantie en Italie.

Avec AFP

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