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Renamo vs Frelimo : le Mozambique embourbé dans un nouveau conflit larvé


Un camp improvisé à Kapise, au Malawi, où des milliers de Mozambicains fuisent les violences entre Renamo et Frelimo. 27 janvier 2016.

Un camp improvisé à Kapise, au Malawi, où des milliers de Mozambicains fuisent les violences entre Renamo et Frelimo. 27 janvier 2016.

L'ex-rébellion Renamo a repris les armes dans le centre du pays pour contester les élections présidentielle et législatives d'octobre 2014. Les attaques visent des civils.

Le principal axe reliant le nord au sud du Mozambique est devenu, sur plusieurs tronçons, une route fantôme: l'ex-rébellion Renamo, active pendant la guerre civile (1976-1992), a repris les armes et y mène des attaques meurtrières contre des civils, menaçant de paralysie le centre du pays.

"La semaine dernière, nous avons enregistré huit attaques des hommes de la Renamo, qui ont fait au total trois morts dont un enfant de trois ans, et 23 blessés", a déclaré le porte-parole de la police, Inacio Dina, cette semaine à Maputo.

A l'origine de ces violences, la contestation par la Renamo des résultats des élections présidentielle et législatives d'octobre 2014 remportées par le Frelimo, au pouvoir depuis 1975.

Des affrontements sporadiques entre troupes gouvernementales et branche armée de la Renamo ont éclaté dès juin 2015 dans le centre du pays. Et la situation s'est encore envenimée quand le leader de la Renamo, Afonso Dhlakama, a menacé en décembre de s'emparer du pouvoir dans les provinces où il affirme être arrivé en tête à laprésidentielle.

Les tensions ont atteint leur paroxysme depuis un mois, avec des victimes cette fois-ci civiles. La Renamo a mené, selon la police, une trentaine d'attaques sur la route nationale 1 (RN1), principale voie reliant le nord au sud du pays, en représailles à une vague d'enlèvements et d'assassinats d'une dizaine de ses représentants locaux.

"Il faut être réaliste. Ici à Maputo, au sud, on ne sent rien, mais il n'y a pas de doute: le pays est en guerre", commente pour l'AFP Fernanda Lobato, du collectif de blogueurs citoyens Olho do Cidadao. "Certes, les affrontements ont lieu dans certaines zones seulement. Mais des personnes sont en train de mourir, il y a des réfugiés qui fuient. Ce sont des faits."

Selon le Haut Commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR), 11.500 Mozambicains sont actuellement réfugiés au Malawi. La plupart disent fuir les exactions de l'armée, qui ne cache plus sa volonté de désarmer la Renamo par la force.

"Le Mozambique n'est pas en guerre", rétorque Inacio Dina, interrogé par l'AFP. Seules trois des 11 provinces sont concernées par les incidents, note-t-il, et "l'armée est positionnée pour assurer la sécurité des voyageurs et des touristes qui circulent dans cette région".

"Chaos absolu"

L'armée escorte les véhicules qui empruntent les tronçons les plus dangereux de la RN1. Mais selon les médias locaux, seuls trois ou quatre convois parviennent à passer chaque jour.

"J'espère que la paix va revenir. Nous n'avons pas tous la possibilité de nous déplacer en avion, et circuler en voiture est devenu un chaos absolu", se plaint Lasmim Eugenio, un voyageur interrogé par le journal local Diario de Moçambique, à Nhamapaza (centre).

Depuis quelques jours, d'autres axes routiers du centre du pays sont aussi visés: des dizaines de personnes ont été blessées dans des embuscades contre des autocars de voyageurs, que la Renamo suspecte de transporter des troupes.

Conséquence, les ambassades déconseillent désormais à leurs ressortissants de se rendre dans le centre du pays.

En 2013 et 2014 déjà, la Renamo avait paralysé le centre du Mozambique pour dénoncer notamment la non-réintégration de ses hommes armés dans l'armée et la police prévue par les accords de paix de 1992.

"Tout ce que nous avons négocié et signé, le Frelimo l'a mis à la poubelle", a affirmé lundi Afonso Dhlakama à la radio allemande Deutsche Welle, depuis les montagnes du Gorongosa (centre) où il est réfugié depuis octobre 2015.

Pour Egidio Vaz, analyste politique mozambicain, les accords de paix signés en 1992 après 16 ans de guerre civile, et l'accord de cessez-le-feu conclu en septembre 2014, n'ont pas été réellement mis en place, provoquant l'ire de la Renamo.

"Une reprise du dialogue est possible, si et seulement si le président Filipe Nyusi est capable de garantir à Dhlakama sa sécurité, alors que ce dernier à été visé personnellement plusieurs fois ces derniers mois", souligne-t-il.

Ces dernières semaines, le président Nyusi a multiplié les initiatives pour rencontrer M. Dhlakama en tête-à-tête. Mais de son côté, le chef de la Renamo réclame une médiation internationale, et se dit prêt à négocier une fois qu'il contrôlera 6 des 11 provinces du pays.

AFP

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