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Réfugiés en Ouganda, des Sud-Soudanais témoignent des horreurs de Yei


Des femmes prisonnières sont assises dans leur cellule à la prison de Yei au Soudan du sud le 15 avril 2006.

Des femmes prisonnières sont assises dans leur cellule à la prison de Yei au Soudan du sud le 15 avril 2006.

Au terme d'un périple harassant et semé d'embûches, des habitants de Yei, au Soudan du Sud, sont récemment parvenus à gagner le nord de l'Ouganda, avec pour tout bagage quelques vêtements réunis à la hâte et des récits glaçants d'assassinats sur des lignes ethniques ou d'enrôlement forcé dans la rébellion.

Depuis plusieurs semaines, la ville de Yei, dans l'Etat méridional d'Equatoria-Central, est un des principaux foyers de la guerre larvée que continuent de se mener les forces gouvernementales du président Salva Kiir et celles de son ancien vice-président Riek Machar, désormais en exil.

Selon plusieurs habitants de la ville interrogés par l'AFP dans le nord de l'Ouganda, où quelque 2.400 nouveaux réfugiés viennent quotidiennement gonfler les rangs des 330.000 déjà arrivés cette année, des soldats de la SPLA, l'armée gouvernementale, tuent à la machette les hommes de Yei qu'elle identifie comme rebelles.

"Il y a environ deux semaines, des soldats sont venus à la nuit tombée au domicile de mon frère Emmanuel et lui ont demandé d'ouvrir la porte. Ils l'accusaient d'avoir rejoint les rangs des rebelles. Ce n'était pas le cas mais ils l'ont tailladé à mort avec des machettes", relate Abraham Aloro, un jeune homme de 20 ans qui travaillait dans une plantation de tabac en périphérie de la ville.

"Nous avons enterré son corps le matin suivant. Il avait 24 ans", ajoute Abraham, dont la perte brutale de son aîné a précipité la fuite.

"Je me suis sauvé avec cinq amis. Nous étions terrifiés. Nous avons dû prendre des chemins de traverse car d'un côté les soldats du gouvernement sont sur les routes principales, et de l'autre les rebelles sont présents dans la brousse", explique-t-il.

Yei est à plus de 50 km de la frontière avec l'Ouganda et, relate Abraham, "la marche a été très difficile parce que la végétation est dense. J'avais des épines enfoncées dans les pieds".

"A un moment, nous nous sommes retrouvés dans la parcelle de quelqu'un qui a eu pitié et nous a donnés du manioc, des cacahuètes et des fèves", de quoi reprendre des forces pour finalement atteindre la frontière et gagner le camp de transit de Kuluba, à 7km à l'intérieur de l'Ouganda.

Abraham devrait prochainement rejoindre le camp de réfugiés de Bidibidi, toujours dans le nord de l'Ouganda, où il recevra de quoi cultiver un lopin de terre et construire un abri.

'Ils vous égorgent'

Sarah Kakuni, une réfugiée du camp, témoigne elle aussi du climat de terreur qu'elle a récemment fui, avec ses deux soeurs cadettes, à Nyombwe, en périphérie de Yei.

"Pendant la nuit, on peut entendre des tirs dans la ville. Quand ça s'arrête, c'est là qu'ils massacrent des gens avec des couteaux et des machettes", affirme la jeune femme, d'ethnie Pojulu, assise sur une natte que vient de lui donner le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR).

Elle aussi évoque les "Dinka qui ouvrent votre porte et vous tuent si vous n'avez par leurs scarifications traditionnelles" sur le front.

Vendredi, le conseiller spécial de l'ONU sur la prévention du génocide, Adama Dieng, avait dit craindre, depuis Juba, une flambée de violences ethniques dans le pays, indépendant depuis 2011 mais qui a basculé dans une guerre civile dévastatrice en 2013.

Il s'était notamment alarmé de la situation à Yei, énumérant des exactions similaires à celles rapportées par les réfugiés: "meurtres, agressions, amputations, mutilations et viols ciblés perpétrés dans certains cas par des hommes en uniforme et d'autres pas", soulignant lui aussi "des cas d'utilisation barbare de machettes".

Mais les violences dans le sud du pays ne sont pas l'apanage exclusif des soldats gouvernementaux. Selon Sarah et plusieurs autres réfugiés interrogés par l'AFP, les rebelles constituent également une menace pour les civils, qui se trouvent pris au piège des belligérants.

Lino Rosa, originaire de Morobo, à la frontière entre le Soudan du Sud et l'Ouganda, raconte ainsi comment il a été enrôlé de force dans les rangs de la rébellion où il a reçu une formation au combat de trois semaines.

"Si vous refusez, ils vous égorgent", affirme le jeune homme de 26 ans, faisant courir son pouce sous la gorge pour mieux se faire comprendre.

"Le 28 septembre, nous sommes partis pour une attaque de nuit. J'ai réussi à prendre la fuite. J'ai jeté mon arme et j'ai couru jusqu'à Morobo. J'ai pris femme et enfants et nous sommes partis au Congo voisin" (RD Congo), poursuit ce père de trois enfants.

Après avoir laissé sa famille à l'abri en RD Congo, il a décidé de venir dans le nord de l'Ouganda pour tenter d'y gagner un peu d'argent, rejoignant à son tour les 530.000 Sud-Soudanais désormais installés en Ouganda.

Avec AFP

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