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Référendum en Centrafrique : au moins deux tués, 20 blessés à Bangui


Des échanges de tirs nourris ont été entendus au PK5, pour empêcher certains musulmans et habitants du quartier de voter. (VOA Afrique/Tatiana Mossot)
Des échanges de tirs nourris ont été entendus au PK5, pour empêcher certains musulmans et habitants du quartier de voter. (VOA Afrique/Tatiana Mossot)

Les corps de deux personnes décédées dimanche étaient entreposés dans la mosquée Ali Babolo du quartier musulman du PK5, a constaté l'AFP.

Tirs, menaces et intimidations ont marqué dimanche 13 décembre le déroulement du référendum constitutionnel en Centrafrique, avec deux morts dans l'enclave musulmane de Bangui pour cette première étape d'un processus électoral censé sortir le pays de trois ans de violents affrontements intercommunautaires.

Pour ce premier test d'une tentative de retour à la normale par la voie électorale avant la présidentielle et les législatives prévues le 27 décembre, effectué sous forte pression de la communauté internationale, des tirs à l'arme lourde ont frappé en milieu de journée le quartier musulman du PK5 où s'affrontaient partisans et opposants au référendum, faisant deux tués, a constaté une journaliste de l'AFP.

Deux cadavres étaient entreposés dans la mosquée Ali Babolo du PK5. De sources hospitalières, une douzaine d'habitants ont aussi été blessés au cours de ces affrontements qui ont débuté à l'aube avant de s'intensifier plus tard aux abords d'un bureau de vote situé dans une école.

Les tirs à la mitrailleuse et au lance-roquettes ont eu lieu autour de l'école Baya Dombia où attendaient beaucoup d'électeurs, au moment de l'arrivée tardive du matériel électoral transporté par les Casques bleus sénégalais de la mission de l'ONU en Centrafrique (Minusca).

Ceux-ci ont riposté pour protéger les électeurs et des éléments de la force française Sangaris sont aussi intervenus, l'un de leurs hélicoptères survolant le quartier.

Au total, une vingtaine de personnes ont été blessées à Bangui.

La participation au processus électoral a divisé les musulmans au sein de l'ex-rébellion Séléka, certaines factions comme celle de l'ex-numéro 2 Noureddine Adam la rejetant.

"Je veux voter"

Mais d'autres musulmans ont voulu voter: plusieurs dizaines ont manifesté dans la matinée devant le siège de la Minusca avec des pancartes "Nous voulons voter".

"Je veux voter, si je dois mourir pour voter c'est pas grave, j'irai jusqu'au bout", a déclaré Abakar, un électeur à l'école Baya Dombia.

Les manifestants brandissaient des exemplaires de la Constitution et traçaient de grands "OUI" à la craie sur la chaussée de l'avenue Boganda, proche du PK5.

"On est là, on reste avec eux sur le champ de bataille", a déclaré à l'AFP le général sénégalais Balla Keïta, chef de la Minusca.

Dans un communiqué dimanche soir, la Minusca "salue le courage des électeurs du PK5 qui ont bravé les menaces et les attaques des saboteurs afin de prendre part au scrutin référendaire".

De même, la participation au processus électoral divisait les milices anti-balaka, chrétiennes et animistes. Des opposants se retrouvent notamment parmi les partisans de l'ex-président François Bozizé dont la candidature à la présidentielle a été rejetée par la Cour constitutionnelle.

Le vote a cependant pu avoir lieu dans le calme dans les autres quartiers de Bangui, bien qu'il ait souvent commencé avec une ou deux heures de retard.

Electeurs intimidés en province

En province, plusieurs incidents ont été signalés, surtout dans le nord et l'est, selon une source au sein de la Minusca.

A Ndele, Birao et Kaga Bandoro, fiefs de la faction Séléka de Nourredine Adam, les habitants intimidés par des tirs et des menaces ne votaient pratiquement pas.

De même à Bossangoa, fief de François Bozizé dans l'ouest, des tirs ont dissuadé les gens et du matériel électoral a été saccagé.

Ces échéances électorales repoussées plusieurs fois sont censées clore une transition politique à bout de souffle et permettre un retour à l'ordre constitutionnel, sous la pression de la communauté internationale qui maintient le pays sous perfusion financière.

La Centrafrique, un des pays les plus pauvres au monde, est plongée dans le chaos depuis le renversement du président Bozizé en mars 2013 par l'ex-rébellion Séléka, elle-même chassée du pouvoir par une intervention internationale début 2014.

Près de deux millions d'électeurs étaient appelés à approuver la nouvelle Constitution devant instaurer une 6e République depuis l'indépendance en 1960 de cette ex-colonie française.

Les principales innovations du texte concernent notamment le nombre maximum de mandats présidentiels (deux), la lutte contre la corruption endémique, l'éviction des groupes armés du processus politique et la création d'une Haute cour de justice.

Organiser un tel scrutin en Centrafrique était un véritable défi: l'autorité de l'Etat a disparu de régions entières et de nombreux bureaux de vote se trouvent dans des régions uniquement accessibles par des pistes défoncées.

Hormis le parti de François Bozizé, et certains responsables anti-balaka et Séléka, la plupart des partis politiques ont appelé à voter "oui".

Les bureaux ont fermé au plus tard à la nuit tombée à 18H00 (17H00 GMT). L'annonce officielle du résultat est prévue dans un délai de trois jours.

Avec AFP

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