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L'armée en renfort contre le blocage de sites de production en Tunisie

  • VOA Afrique

Affrontements entre manifestants et policiers anti-émeutes lors d'une protestation contre le chômage et le maque de projets de développement, à Ben Guerdane, Tunisie, le 12 janvier 2017.

L'armée tunisienne protègera dorénavant les sites de production des mouvements sociaux susceptibles d'empêcher leur exploitation, a annoncé mercredi le président Béji Caïd Essebsi dans un discours très attendu.

"Nous savons que c'est une décision grave mais elle doit être prise", a dit M. Essebsi devant un parterre de personnalités, notamment politiques, dans cette longue allocution qui avait fait l'objet de nombreuses spéculations.

Entre les mouvements sociaux, le limogeage des ministres des Finances et de l'Education et la démission du chef de l'instance chargée d'organiser les prochaines municipales, la Tunisie a connu des semaines agitées.

"Toute personne voulant manifester peut manifester, dans le cadre de la loi (...). Mais si tu veux manifester et que la première chose que tu fais, c'est stopper la production de la Tunisie (...) où allons-nous?", a lancé le président Essebsi.

Car "qu'avons-nous en Tunisie? Nous avons du phosphate, un peu de gaz et de pétrole, et nous avons du tourisme, de l'agriculture", a-t-il ajouté. Or "le phosphate s'est arrêté pendant cinq ans", a-t-il poursuivi en allusion aux protestations sociales ayant bloqué la production pendant de longues périodes dans la bassin de Gafsa (centre).

"C'est pourquoi (...) la décision, c'est qu'à partir de maintenant l'armée va protéger les sources" de production, a-t-il annoncé.

"L'Etat a le devoir de protéger les ressources du peuple tunisien (...). La démocratie, sa condition essentielle c'est l'Etat de droit", a ajouté M. Essebsi.

"Je vous mets en garde dès maintenant. (...) Il n'y aura plus de barrages, de routes coupées", a prévenu le chef de l'Etat.

Interrogé par l'AFP, le porte-parole du ministère de la Défense, Belhassen Oueslati, a précisé que l'armée tunisienne avaient déjà pu être sollicitée ponctuellement sur certains sites, "comme dans le sud".

"Mais sur ordre du président, on va étendre à d'autres (sites). Nous sommes en train de nous coordonner avec les différents acteurs" de ce dossier, a-t-il ajouté.

'Règle du jeu'

Le gouvernement d'union de Youssef Chahed, à l'image de ses prédécesseurs, est confronté à une grogne sociale croissante, en particulier dans les régions de l'intérieur, dont celle de Tataouine (sud). Les mouvements prennent régulièrement l'allure de sit-in bloquant routes et accès à certains sites.

En réaction au discours présidentiel, le coordinateur du sit-in d'El Kamour (sud), à proximité de champs pétrolifères, a promis la poursuite du mouvement. "Nous n'allons pas céder", a clamé sur Mosaïque FM ce porte-parole, Tarek Haddad.

Dans son allocution, Béji Caïd Essebsi a par ailleurs critiqué les appels à manifester contre un projet de loi dit de "réconciliation" qu'il a proposé à l'été 2015 et qui est dénoncé par la société civile et certains partis comme une tentative de "blanchir la corruption".

"Le président de la République (...) a pris une initiative. Bonne ou pas bonne, lui pense qu'elle est la solution. Mais le Parlement l'examinera (...), c'est la règle du jeu", a dit M. Essebsi en accusant ses détracteurs d'"agiter la rue".

"Le processus démocratique en Tunisie est menacé", a-t-il encore lancé, dans une apparente allusion aux appels à la formation d'un nouveau gouvernement ou à des élections anticipées.

Si la Tunisie, unique rescapé du Printemps arabe, a réussi jusqu'à présent sa transition politique, elle n'arrive pas à relancer son économie, six ans après la chute de la dictature.

Tandis que le déficit public continue de se creuser, la croissance a plafonné à 1% l'an dernier. Les autorités espèrent un taux d'environ 2,5% en 2017.

Avec AFP

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