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RDC : le dialogue national a démarré sans les ténors de l’opposition


L'ancien Premier ministre togolais Edem Kodjo, facilitateur du dialogue congolais désigné par l'Union africaine, 8 juin 2005.

L'ancien Premier ministre togolais Edem Kodjo, facilitateur du dialogue congolais désigné par l'Union africaine, 8 juin 2005.

Le "dialogue national" en République démocratique du Congo a démarré jeudi à Kinshasa à l'absence d'une importante frange de l'opposition qui considère ce forum comme un "piège" du pouvoir à moins de quatre mois de la fin du mandat du président congolais Joseph Kabila.

L'ancien Premier-ministre togolais Edem Kodjo, facilitateur désigné de l'Union africaine (UA) pour ce dialogue, a ouvert ces assises en présence des représentants de la majorité, de ceux d'une partie de l'opposition ainsi que de la société civile.

"Je ne suis pas venu ici pour me mettre à la disposition des causes partisanes. Je suis venu ici pour servir le Congo", a lancé M. Kodjo en ouvrant ce dialogue convoqué depuis novembre 2015 par M. Kabila.

Le "Rassemblement", une coalition des forces politiques et sociales autour de l'opposant historique Tshisekedi, boude ce forum et conditionne sa participation à une série de préalables dont la libération des prisonniers politiques et d'opinion et l'arrêt des poursuites contre l'opposant Moïse Katumbi, candidat déclaré à la présidentielle.

"Nous sommes ici pour parler du Congo (...), nous devons discuter ici et maintenant de l'organisation des élections pour l'alternance démocratique sans casse, de façon apaisée dans notre pays", a déclaré Vital Kamerhe, chef de la délégation d'opposition dans ces assises et président de la troisième force politique d'opposition à l'Assemblée nationale.

Pour les Nations Unies, "le dialogue reste la seule voie pour sortir de l'impasse actuelle. L'alternative c'est la violence, la destruction et la mort d'innocents", a affirmé le chef de la Mission de l'ONU en RDC (Monusco), Maman Sidikou.

Jeudi matin, des heurts ont éclaté à Kinshasa entre des policiers et des manifestants anti-dialogue dans certains quartiers de la capitale congolaise.

Pendant près d'une heure, les gaz lacrymogènes de la police ont répondu aux jets de pierre des manifestants, perturbant les activités et la circulation dans la commune de Lemba, connue comme le "Quartier latin de Kinshasa".

Suspendre les travaux

Des manifestants scandaient des slogans hostiles au président Kabila et contre M. Kodjo, a témoigné un pompiste sous couvert d'anonymat.

Des manifestations ont également été signalées au rond-point Ngaba, non loin de l'Université de Kinshasa, et sur l'avenue de l'Enseignement (proche du palais du peuple, siège du Parlement) où sont concentrés les sièges des partis politiques d'opposition, selon plusieurs témoignages.

Les transports en commun se faisaient plutôt rares à Kinshasa, et les arrêts de bus étaient bondés dans les quartiers contestataires. "Que cherchent-ils encore? Qu'ils aillent au dialogue au lieu de nous distraire", a protesté Berthe Nzinga, fonctionnaire de l'État qui affirme avoir mis plus d'une heure à attendre un bus à cause des manifestations.

La police a annoncé l'interpellation de près de 90 personnes en marge de ces protestations dans la capitale, accusant certains manifestants d'avoir "caillassé les voitures des paisibles citoyens".

M. Kamerhe a obtenu du facilitateur la suspension les travaux pour deux jours en vue de convaincre la frange de l'opposition encore récalcitrante à ce dialogue prévu pour durer deux semaines.

Le climat politique est tendu en RDC en mesure qu'approche la fin du mandat du président Kabila fixé au 20 décembre.

M. Kabila est au pouvoir depuis 2001 et la Constitution lui interdit de se représenter mais l'opposition le soupçonne de chercher à s'accrocher au pouvoir au-delà du terme de son mandat.

La Constitution dispose que "le scrutin pour l'élection du président de la République est convoqué (...) 90 jours avant l'expiration du mandat du président en exercice", soit le 19 septembre.

Le "Rassemblement" promet de mener des actions contre le pouvoir à partir de cette date afin d'exiger le respect de la loi fondamentale.

Un arrêt de la Cour constitutionnelle rendu en mai autorise cependant le chef de l'État de rester en fonction si ce scrutin n'est pas organisé dans le temps.

Avec AFP

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