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Quarante ans après, des commandos israéliens se remémorent le téméraire raid d'Entebbe


Des religieuses attendant à l'aéroport d'Entebbe en Ouganda, 27 novembre 2015

Des religieuses attendant à l'aéroport d'Entebbe en Ouganda, 27 novembre 2015

D'anciens membres du commando israélien ayant participé au raid sur l'aéroport ougandais d'Entebbe, il y a 40 ans, pour libérer des passagers d'un avion d'Air France pris en otages, se souviennent d'une opération complexe et parfaitement exécutée.

C'était une opération "difficile", relève Amir Ofer, un ancien sergent chef devenu homme d'affaires, qui s'est rendu en Ouganda au début du mois pour préparer le 40e anniversaire de cette mission entrée dans la légende des forces spéciales.

Après avoir survolé dans le noir les eaux agitées du lac Victoria, sans se faire repérer par le contrôle aérien ougandais, le commando israélien n'a même pas mis une heure en cette nuit du 3 au 4 juillet 1976 pour libérer la centaine d'otages.

Quatre décennies plus tard, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est attendu en Ouganda début juillet pour la cérémonie commémorant ce raid et pour renforcer les liens d'amitié qui unissent aujourd'hui les deux pays, mais aussi pour un hommage beaucoup plus personnel.

Le chef du commando, fort d'environ 200 soldats, était son frère aîné, le lieutenant-colonel Yonathan Netanyahu, âgé de 30 ans. Il fut le seul soldat israélien tué dans ce raid.

L'Ouganda et Israël entendent faire de la cérémonie la démonstration de leur réconciliation, alors que les traces des balles sont toujours visibles sur les murs du vieux terminal d'Entebbe, où est encore aujourd'hui situé l'aéroport de la capitale Kampala.

Mi-juin, quelques anciens membres du commando sont venus visiter la scène de cet extraordinaire sauvetage, aux côtés de hauts responsables ougandais, dont un des fils de l'ancien dictateur Idi Amin Dada, qui dirigeait le pays en 1976.

Le temps pressait

"Nous avions peu de temps pour préparer" l'opération, s'est rappelé Amir Ofer, en notant que plus de 3.500 kilomètres séparent l'Ouganda d'Israël. "Le temps pressait après que les terroristes avaient présenté leur ultimatum".

Les pirates de l'air avaient menacé de faire exploser l'avion si 53 militants palestiniens retenus en Israël et dans quatre autres pays n'étaient pas libérés.

L'avion, qui assurait la liaison Tel-Aviv/Paris, avait été détourné le 27 juin par deux Palestiniens et deux Allemands dans la foulée d'une escale à Athènes. Ils avaient ordonné au pilote de poser son appareil, avec 250 passagers à bord, à Entebbe.

A leur arrivée, les passagers non-israéliens et non-juifs avaient été libérés, ce qui avait laissé environ 100 personnes prisonnières dans le terminal.

Amin Dada, qui avait coupé tout lien avec Israël en échange d'argent sonnant et trébuchant versé par le dictateur libyen Mouammar Kadhafi, avait autorisé l'avion à se poser sur le sol ougandais.

Ni les preneurs d'otages, ni les troupes ougandaises ne s'attendaient à ce que des forces spéciales israéliennes interviennent si loin de leurs bases.

"On s'est déployé sans que personne ne réalise que nous étions une force ennemie", a expliqué Amir Ofer, décrivant comment ils s'étaient précipités hors des avions après avoir atterri dans le noir.

'Les enfants de Dieu'

Un premier groupe est descendu d'un avion à bord d'une Mercedes noire, ressemblant à la voiture présidentielle d'Amin Dada. Mais leur couverture n'a pas tenu et des soldats ougandais ont commencé à leur tirer dessus.

"En quelques minutes après notre arrivée, nous avons été capables d'atteindre le terminal, de tuer les terroristes et dans l'heure, nous étions de retour vers Israël", a raconté Amir Ofer.

Les otages ont été libérés, à l'exception de trois d'entre eux tués dans l'assaut tout comme 20 soldats ougandais et sept preneurs d'otages. L'une des otages, une Israélienne de 75 ans qui avait été hospitalisée à Kampala, fut ensuite assassinée sur les ordres d'Amin Dada.

En profitant de cette date anniversaire, Benjamin Netanyahu devrait aussi se rendre dans deux ou trois autres pays d'Afrique de l'Est.

Ce sera la première visite en Afrique d'un Premier ministre israélien depuis celle d'Yitzhak Rabin à Casablanca (Maroc) en 1994. Elle doit parachever des années de rapprochement, notamment sur les questions sécuritaires.

Le fils d'Amin, Jaffar, qui avait dix ans à l'époque du raid, s'est rappelé ce que son père, renversé en 1979, lui avait répondu quand il lui avait demandé pourquoi il n'avait pas ordonné d'abattre les avions transportant les otages libérés.

"Mon père disait des Israéliens: +Fils, ce sont les enfants de Dieu. Quand ils commencent à se battre, ils n'arrêtent pas+. Il considérait qu'ils étaient venus secourir leurs compatriotes, qu'ils avaient accompli leur mission et qu'il devait les laisser partir."

Avec AFP

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