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L'Afrique attend toujours le bonheur en 2017


Des habitants chantent lors de manifestations contre Joseph Kabila, à Kinshasa, RDC, le 20 décembre 2016.

Au classement du Bonheur 2017, le continent africain est très mal classé. Si la Norvège domine cette étude, la Centrafrique ferme la marche.

Plus de 80 % des pays africains figurent dans la deuxieme moitié du classement du World Happiness Report, dont l'objectif est d'intégrer le bien-être dans les statistiques publiques.

Deux pays africains seulement ont gagné significativement des points lors de ces dix dernières années. Mais l'étude insiste sur le fait que l'Afrique représente le continent avec le plus de nations : 54 pays différents.

Qu'attendent les Africains pour être heureux ? Selon les chercheurs, la stabilité politique et l'amélioration de leurs conditions de vie sont au coeur des attentes.

Le classement des pays les plus heureux en Afrique. (World happiness report)
Le classement des pays les plus heureux en Afrique. (World happiness report)

  • L'attente d'un changement positif

En l'Afrique subsaharienne, 90% des personnes interrogées souhaitent un changement dans leur vie, et pour la majorité d'entre eux, pas "un peu", mais "beaucoup" de choses pour changer et améliorer leur vie.

"Maintenant que l'Afrique s'est libérée du colonialisme et des règles dictatoriales, les Africains font face à leur "3e libération" : se libérer de la pauvreté et de la mauvaise gouvernance afin d'atteindre la prospérité et d'accélérer le développement."

Selon un sondage d'Afrobarometer, les Africains voient la démocratie au travers des libertés civiles, et plus spécifiquement la liberté d'expression mais pas seulement. Des élections libres et justes, l'accès à l'eau, l'électricité et un logement participeraient à leur bonheur.

Mais ce que les Africains attendent, c'est la fin de la pauvreté. Le Burundi, l'un des pays les plus pauvres au monde est aussi l'un des derniers pays au classement.

La moyenne des points du classement des pays les plus heureux en Afrique. (World happiness report)
La moyenne des points du classement des pays les plus heureux en Afrique. (World happiness report)

  • L'attente de meilleures infrastructures

Le programme sur le développement des infrastructures (PIDA) indique que le continent aurait besoin de 93 milliards de dollars par an jusqu'à 2020.

Selon une étude d'Afrobarometer, en moyenne, sur 35 pays, seulement 65% ont une installation électrique, 63% une infrastructure d'acheminement d'eau, et moins de 30% ont une structure pour les eaux usées alors qu'ils ont trois fois plus d'accès à un réseau téléphonique (93%).

Une station électrique à Laos, au Nigeria.
Une station électrique à Laos, au Nigeria.

  • L'attente d'une meilleure gouvernance

Le processus démocratique reste fragile. L'exemple du prix Mo Ibrahim, qui récompense un ancien chef d'Etat ou de gouvernement d'un pays d'Afrique subsaharienne pour son travail dans l'intérêt du public ou son action caritative, en est la preuve.

Seuls quatre anciens présidents africains ont été récompensés depuis 2007. Le prix a été attribué pour la dernière fois au président namibien sortant Hifikepunye Pohamba, pour l'année 2014.

Le continent garde le triste record de longévité au pouvoir. Sur les 48 dirigeants actuels, 15 d'entre eux ont déjà servi plus de deux mandats.

Pour les citoyens africains qui ont subi les dictatures, la limitation des mandats est importante : 90% des personnes interrogées au Bénin, Gabon, Burkina Faso sont pour une limite à deux mandats.

En ce qui concerne la corruption, plus de la moitié des sondés a l'impression que leurs hommes et femmes politiques sont de plus en plus corrompus (58%).

Le président gambien Adama Barrow a été un exemple difficile mais finalement heureux d'élection démocratique, 26 janvier 2017.
Le président gambien Adama Barrow a été un exemple difficile mais finalement heureux d'élection démocratique, 26 janvier 2017.

  • L'attente d'un "printemps" africain ?

En 2016, Afrobarometer a rapporté que 11% des jeunes africains ont participé à une manifestation. Selon l'étude, la plus grande fracture se trouve au niveau générationnelle : 70% des citoyens africains ont moins de 30 ans alors que la moyenne d'âge des présidents est de 70 ans.

Avec des taux de chômage élevés, les jeunes africains attendent un meilleur accès à l'éducation pour trouver un emploi. Ils représentent 60% de la population mais un tiers seulement de la force de travail.

En dessous de 30 ans, seulement 25% des hommes sont entrés sur le marché de l'emploi traditionnel, et 10% pour les femmes.

Le prix des denrées et la sécheresse pourraient également être des facteurs déclencheurs.

Les éthiopiens ont élevé leur voix, que l'étude considère comme un début de réveil à Bishoftu, en Ethiopie, le 2 octobre 2016.
Les éthiopiens ont élevé leur voix, que l'étude considère comme un début de réveil à Bishoftu, en Ethiopie, le 2 octobre 2016.

  • L'histoire continue : espoir et résistance africaine

Pour espérer atteindre le haut du classement du Bonheur, les auteurs de l'étude ont souligné la résilience des Africains.

Une chercheuse ghanéenne, Vivian Dzokoto, raconte une conversation typique entre un étranger et un Ghanéen. Alors que l'étranger ne comprendra pas pourquoi il n'y a pas d'eau qui coule de son robinet, le Ghanéen lui répondra : "mon ami, c'est le Ghana. Parfois, l'eau coule, parfois, elle ne coule pas. C'est comme cela. Tiens, prend mon panier et va chercher de l'eau dans le réservoir".

Les Africains sont aussi très optimistes : ils pensent que le futur sera mieux que le présent, ce qui n'est habituellement pas le cas pour les autres pays du monde. D'ailleurs, pour certains pays, plus l'insatisfaction est marquée, plus les habitants croient en un futur positif.

Une petite fille regarde derrière une porte à Dakar, au Sénégal, le 31 janvier 2011.
Une petite fille regarde derrière une porte à Dakar, au Sénégal, le 31 janvier 2011.

Lire le rapport "Waiting for happiness in Africa" (en anglais).

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