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Egypte: les manifestations s'intensifient malgré les promesses de Moubarak


Des manifestants egyptiens.

Des manifestants egyptiens.

Le président a nommé un vice-président, le premier depuis son arrivée au pouvoir en 1981 et un nouveau premier ministre. Il a aussi promis davantage de libertés et de combattre le chômage et la pauvreté...sans trop convaincre.

Des dizaines de milliers d’Egyptiens sont descendus dans les rues, bravant le couvre feu, pour la 5ème journée consécutive exigeant la démission du président Moubarak au pouvoir depuis 1981. Selon les autorités du pays 35 personnes sont mortes dont 10 policiers depuis le début des émeutes. Mais certains médias rapportent qu’au moins 60 personnes ont perdu la vie et plus de mille ont été blessées depuis le début de cette crise. Trois manifestants ont été abattus ce samedi.

Sur le plan politique, le président Moubarak a nommé un vice-président, Omar Souleiman, le chef des renseignements et un de ses proches. Il s’agit du premier vice-président en 29 ans de règne du rais.

Omar Souleiman, le nouveau vice-président egyptien

Omar Souleiman, le nouveau vice-président egyptien

Aussi : Le général Ahmed Chefik, ministre de l’aviation est le nouveau premier ministre, chargé de former un nouveau gouvernement, après la dissolution du précédent vendredi par le président.

Le rais est sorti de son mutisme vendredi - après quatre jours de manifestations - pour tenter d’apaiser la situation. Son discours n’a pas convaincu. « Il n’est pas question de faire marche arrière. Les réformes engagées se poursuivront en vue de garantir l’indépendance de la justice, davantage de démocratie et de libertés, nous allons combattre le chômage, la pauvreté et baisser le coût de la vie », a dit en substance le président Moubarak, brandissant la carotte et le bâton. Il s’est montré ferme face aux manifestants. Il a dit que « la frontière est mince entre la liberté et le chaos et qu’il n’acceptera pas les actions qui mettent en danger la sécurité de l’Egypte et ses citoyens.

Le président Moubarak, vendredi, annonçant le limogeage du gouvernement et promettant des réformes.

Le président Moubarak, vendredi, annonçant le limogeage du gouvernement et promettant des réformes.

« Le président Moubarak n’a fait qu’attiser la colère des Egyptiens, après son discours et les nouvelles nominations. Il n’a pas donné une vision d’un changement réel qui répond aux besoins du peuple. Les manifestants veulent le départ de Mr. Moubarak », a commenté Howayda Mostafa, directeur du Centre des Médias du journal Al Ahram au Caire.

Au plan diplomatique, la réaction du président américain Barack Obama était attendue aussi. Mr. Obama a téléphoné à son homologue égyptien pour la première fois vendredi quelques heures seulement après le discours de Hosni Moubarak au Caire. «Je viens de lui parler après son discours et je lui ai dit qu’il a la responsabilité de donner un sens à ces promesses, prendre des mesures concrètes pour honorer ces promesses», a dit en substance le président américain.

Le président Obama

Le président Obama

Et d'ajouter: «La violence n’est pas la solution aux revendications des Egyptiens. Il faut un dialogue vrai entre le gouvernement et le peuple et un changement politique qui conduira à un avenir basé sur davantage de libertés, d’opportunités et de justice pour le peuple. L’avenir du pays sera déterminé par le peuple égyptien», a déclaré le président Obama qui a aussi exhorté son homolgue egyptien à restaurer les réseaux internet et de téléphonie mobile et a invité les égyptiens à manifester dans le calme.

Pour Marc Lavergne, directeur du Centre d'études et de documentation économique, juridiques et sociales au Caire, les promesses de Moubarak viennent un peu en retard. «Le peuple veut le départ de Mr. Moubarak. Il refuse l'humilation quotidienne par le chômage, par la corruption, par le traitement qu'ils recoit de la part des autorités et de ce président qui ne vit pas au Caire mais à Charm El Cheikh, dans une autre Egypte. Moubarak s'est exilé lui-même, il regarde l'Egypte de l'extérieur et c'est le propre de ce pouvoir qui construit une nouvelle Egypte de rêve, pour une poignée de privilégiés en oubliant 90% de la population qui survit dans des conditions effroyables», a expliqué Marc Lavergne, ajoutant qu'il est prématuré de dire que le sort de Moubarak sera similaire à celui du Tunisien Ben Ali, qui a fini par fuire le pays sous la pression populaire. «Le départ de Moubarak sera négocié», a-t-il lancé.

Les manifestations se poursuivaient la nuit de samedi dans certains quartiers du Caire, et dans les rues d’Alexandrie et de Suez. Par ailleurs les pillages se font de plus en plus nombreux. Dans certaines zones du Caire, des habitants ont créé des groupes d’autodéfense pour se protéger et protéger leurs biens et propriétés.

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