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Procès Rwanda : un témoin met involontairement à mal la défense de l'accusé


Des crânes et des ossements de quelque 10 000 Tutsis tués lors d'un massacre de deux jours à l'église Nyamata pendant le génocide de 1994 sont affichés dans une crypte derrière l'église, maintenant un mémorial à l'église Génocide, au Rwanda, 27 septembre 2009.

Des crânes et des ossements de quelque 10 000 Tutsis tués lors d'un massacre de deux jours à l'église Nyamata pendant le génocide de 1994 sont affichés dans une crypte derrière l'église, maintenant un mémorial à l'église Génocide, au Rwanda, 27 septembre 2009.

"Il m'a sauvé trois fois la vie. C'est dire que son rôle pesait lourd": au procès en appel en France du Rwandais Pascal Simbikangwa, un témoin a involontairement mis à mal jeudi la défense en soulignant le pouvoir de vie et de mort dont jouissait le génocidaire présumé.

Premier Rwandais condamné en France pour le génocide des Tutsi en 1994, l'ex-officier de la garde présidentielle reconverti dans la police politique comparaît depuis le 25 octobre devant la cour d'assises de Seine-Saint-Denis, deux ans après son premier procès.

Appelé jeudi à la barre, Isaïe Harindintwari a rappelé qu'il connaissait bien l'accusé: gardien de la maison d'un expatrié français à Kigali, il habitait juste en face du domicile du capitaine Simbikangwa, dans le quartier résidentiel de Kiyovu.

Celui qu'on appelait le "Tutsi de Pascal Simbikangwa" voue une reconnaissance éternelle à son "protecteur" qui l'a sauvé à trois reprises des "griffes des miliciens Interahamwe", extrémistes hutu, fers de lance du génocide.

"J'aurais pu mourir comme les autres mais il m'a protégé jusqu'à la fin. C'est dire si son rôle pesait lourd", affirme le témoin, via un interprète.

Sans l'intervention de "Pascal", sa femme et ses enfants, qui résidaient dans un autre quartier, n'auraient jamais pu le rejoindre, car il leur fallait franchir les "barrières" où étaient filtrés et assassinés les Tutsi, principales victimes du génocide qui fit 800.000 morts en 100 jours.

"Pascal Simbikangwa avait-il le pouvoir de laisser passer les gens aux barrières?", l'interroge une avocate des parties civiles.

"Les gens qui ont perdu la vie aux barrières étaient très nombreux, ce n'est pas seulement Pascal Simbikangwa...", répond prudemment Isaïe Harindintwari.

Sentant le piège, il n'achève pas sa phrase et invoque le contexte: "nous étions encerclés par la mort".

L'ancien gardien est aussi interrogé sur ses déclarations passées. Il a ainsi affirmé avoir vu une livraison d'armes au domicile de l'ex-officier. Or il est justement reproché à Pascal Simbikangwa d'avoir organisé les barrages routiers et livré armes, instructions et encouragements aux miliciens qui les tenaient.

Le problème est qu'Isaïe Harindintwari, dans un souci de protéger son ancien protecteur, a beaucoup varié dans ses déclarations. Tenace, l'un des avocats de M. Simbikangwa, Me Fabrice Epstein, le place face à ses contradictions: "quand dites-vous la vérité?", lance-t-il au témoin.

Dans le box où il se tient bras croisé, l'accusé, en fauteuil roulant, ne daigne pas accorder un regard à son ancien protégé, qui ne cesse de lui témoigner sa reconnaissance.

Pascal Simbikangwa risque la réclusion à perpétuité. Le procès est prévu pour durer jusqu'au 9 décembre.

Avec AFP

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