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Procès de l'ex-dictateur Hissène Habré : un ancien détenu témoigne


Hissène Habré entouré par la sécurité à Dakar, Sénégal, le 20 juillet 2015. (AP Photo/Ibrahima Ndiaye)

Hissène Habré entouré par la sécurité à Dakar, Sénégal, le 20 juillet 2015. (AP Photo/Ibrahima Ndiaye)

Clément Abaïfouta, qui était chargé de faire la cuisine puis d'enterrer ses compagnons décédés en prison, a raconté au tribunal spécial de Dakar, lundi, avoir tenu dans l'espoir que justice soit enfin rendue.

S'il a tenu, c'est parce qu'il espérait voir un jour Hissène Habré "répondre de ses actes".​ Clément Abaïfouta​, président de l'Association des victimes des crimes du régime de Hissène Habré (AVCRHH)​, a témoigné à la reprise du procès, lundi 9 novembre, de l'ancien dictateur tchadien.

Après avoir été chargé de faire la cuisine en détention, "je suis devenu fossoyeur", a expliqué l'ancien détenu devant le tribunal spécial de Dakar.

"On ne creusait qu'un mètre et ils disaient ‘ça suffit’, il ne fallait pas se faire voir. Après nous regagnions les locaux de détention", a-t-il indiqué, précisant que cette macabre besogne se répétait chaque jour "une fois, deux ou trois, ça dépend du rythme des gens qui mouraient".

"Les gens mouraient d'œdème, de dysenterie, d'irritations de peau, des choses qu'on pouvait soigner. Lorsqu'on venait vous chercher à 17 h, c'est pour aller vous torturer", a souligné Clément Abaïfouta, détenu pendant près de quatre ans car soupçonné d'appartenir à la rébellion.

Au moins 10 décès par jour

"Les décès pouvaient monter jusqu'à 20-30-40 mais le minimum est 10 par jour", a-t-il indiqué, en réponse aux questions des avocats commis d'office pour la défense, qui sont parvenus à lui faire reconnaître souffrir de "trous de mémoire".

"En prison lorsque vous n'avez pas de force morale, vous craquez... Il fallait se bâtir un moral. Il fallait se faire un objectif. L'objectif était de voir Habré répondre de ses actes", a-t-il confié.

"Nous voilà aujourd'hui au jour que nous attendions depuis 25 ans", a dit le président de l'AVCRHH.

En détention depuis deux ans au Sénégal, où il a trouvé refuge en décembre 1990 après avoir été renversé par l'actuel président tchadien Idriss Deby Itno, Hissène Habré est poursuivi pour "crimes contre l'humanité, crimes de guerre et crimes de torture". Il encourt jusqu'aux travaux forcés à perpétuité.​

Il comparaît depuis le 20 juillet devant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), une juridiction créée en vertu d'un accord entre le Sénégal et l'Union africaine (UA), que l'accusé récuse et devant laquelle il refuse de s'exprimer et de se défendre.

On estime que répression sous le régime Habré (1980-1982) a fait 40 000 morts.

Avec AFP

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