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Probo Koala : les victimes face aux conflits d’intérêts


Le cargo Probo Koala le 26 septembre 2006. (Photo Greenpeace)

Le cargo Probo Koala le 26 septembre 2006. (Photo Greenpeace)

10 ans après le déversement des déchets toxique en Côte d’Ivoire, on observe une «prolifération des associations qui se sont dévoyées de l’objectif même de défendre les victimes pour s’enrichir personnellement en escroquant ces victimes.»

Alors que la haute Cour de justice de Londres a ordonné récemment au cabinet Leigh Day de dédommager 4.752 victimes qui ont été privées de leur compensation, 25 000 autres n’ont toujours pas été indemnisées, et la plupart n’ont touché que 200 000 FCFA, soit 343 dollars, a dit à VOA Afrique Charles Hanon Koffi, président du réseau national pour la défense des droits des victimes des déchets toxiques de Côte d'Ivoire (Renadvidet-Ci).

Ce cabinet est en charge de la transaction financière d’indemnisation, suivant l'accord signé en 2009 à Londres avec Trafigura, l'affréteur du cargo Probo Koala, dont le déversement de déchets toxiques en 2006 a causé des milliers d'intoxications et la mort de 17 personnes selon la justice ivoirienne (au moins 30 selon la société civile).

Les actions en justice se multiplient, tandis que des responsables d’associations de victimes ont été jugés pour détournement d’argent.

Cheick Oumar Koné et Claude Gohourou, ex président de la Coordination Nationale des Victimes des Déchets Toxiques de Côte d’Ivoire ( CNDVT-CI), condamnés à 20 ans de prison dans l’affaire relative au détournement de 4,658 milliards FCFA destinés à indemniser des victimes des déchets toxiques, sont toujours en fuite selon la presse ivoirienne et le président de Renadvidet-Ci, qui dénonce une décision de justice prononcée «curieusement sans mandat de dépôt».

M. Koffi affirme par ailleurs que certaines associations de victimes sont «instrumentalisées par le pouvoir, puisque dans ce combat-là certaine autorités ont été impliquées dans le détournement de notre indemnisation, notamment Adama Bictogo qui fût récemment l’ex ministre de l’intégration africaine (…)»

Le Renadvidet-Ci a engagé plusieurs procédures en justice, en prévoit d’autres et organise régulièrement des sit-in pour inciter le gouvernement à respecter ses engagements. L’association conteste par ailleurs l’accord à l’amiable entre Trafigura et l’Etat ivoirien signé en 2007, qui, dit-il, «a été passé sans le consentement des victimes et à leur insu (…) Nous allons engager une nouvelle action contre la société Trafigura (…)»

«(…) et il y a également quatorze milliards qui font l’objet d’enquêtes devant la préfecture générale de police d’Abidjan, et surtout que le bâtonnier de l’ordre de Côte d’Ivoire fait obstruction dans la mesure où il refuse la comparution de certains avocats qui représentaient le cabinet Leigh Day (…) Donc il y a une nouvelle enquête qui est initiée au sein même de la SGBCI (Société Générale de Banques en Côte d'Ivoire), parce que notre plainte avait été portée à la SGBCI et l’enquête a été détournée sur une partie des fonds qui ont été irrégulièrement transférés à cette banque.»

10 ans après le déversement des déchets toxiques en Côte d’Ivoire, il faut s’attendre à de nouveaux feuilletons judiciaires riches en rebondissements dans les mois à venir, selon la presse ivoirienne qui couvre l’affaire Probo Koala de manière assidue.

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