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Pression grandissante contre l'insubmersible Zuma au centre d'un énième scandale


Des policiers sont placés devant la cour de Pretoria, Afrique du sud, le 2 novembre 2016.

Des policiers sont placés devant la cour de Pretoria, Afrique du sud, le 2 novembre 2016.

Jacob Zuma faisait face jeudi à une pression politique croissante après la publication d'un rapport sur la corruption mettant en lumière l'étroite collusion du président sud-africain avec une richissime famille d'hommes d'affaires, un énième scandale qui alimente, une fois de plus, les appels à sa démission.

"Un président mort vivant", "Pire semaine pour Zuma depuis sa prise de fonction", "Fin de règne pour Zuma, abandonné à son sort", notait la presse sud-africaine pour illustrer l'ampleur du séisme provoqué par les révélations du dernier rapport de la médiatrice de la République.

Ce document publié mercredi met en évidence l'ampleur de l'interférence des Gupta - à la tête d'un puissant empire industriel et médiatique - dans les affaires d'Etat. Jusque dans la nomination de ministres, le tout avec la complicité du président, qui ne cache pas son amitié avec la sulfureuse famille d'origine indienne.

Devant ce scandale retentissant, l'opposition a réitéré ses appels à la démission de M. Zuma, dont le mandat expire en 2019.

"Notre pays est gouverné par une mafia", a affirmé le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA). Il est désormais "temps pour le Parlement de renvoyer Jacob Zuma", a-t-il estimé, annonçant le dépôt d'une motion de défiance le 10 novembre.

Cette motion a cependant peu de chance d'être adoptée: le Parlement est dominé par le parti au pouvoir, le Congrès national africain (ANC), qui reste encore largement acquis au président Zuma.

Mais ce soutien s'effrite depuis le revers historique du parti de la lutte anti-apartheid aux municipales d'août.

"Avec cette corruption évidente, le président fait honte à notre pays", a reconnu avec amertume Cheryl Carolus, proche de Nelson Mandela, le premier président noir sud-africain, décédé en 2013.

L'ANC "doit cesser de placer les intérêts de Jacob Zuma devant ceux de l'Afrique du Sud", a insisté le groupe Save South Africa (Sauvons l'Afrique du Sud), qui rassemble des figures historiques de l'ANC, des responsables religieux et des dizaines de dirigeants d'entreprise.

"Le président doit démissionner maintenant", conclut-il, estimant que le rapport de la médiatrice était "le dernier clou apposé au cercueil de Zuma".

'Potes corrompus'

Les autres clous? L'abus de biens publics pour la résidence secondaire de M. Zuma, qui lui a valu de devoir rembourser 500.000 euros à l'Etat, la réouverture possible de 783 poursuites pour corruption dans une affaire de contrat d'armement...

Jusqu'à présent, le chef de l'Etat a cependant toujours survécu, une longévité politique qui lui vaut le surnom de président "aux neuf vies" ou président "Téflon" (du nom d'une poêle dont le revêtement n'attache pas).

"La pression monte contre Zuma et sa joyeuse bande de potes corrompus", mais "il ne peut pas se permettre d'abandonner sans se battre", prévient Judith February, chercheur à l'Institut des études de sécurité (ISS).

Avec la publication du rapport, "la probabilité d'un +Zumxit+ (départ de Zuma) s'est significativement accrue", estime également l'analyste Peter Attard Montalto. Toutefois, "il ne faut pas sous-estimer à quel point l'ANC est basé sur le clientélisme (...) et la situation pourrait tout à fait rester inchangée".

L'ANC, qui a appelé jeudi "tous ses membres" à faire preuve d' une "intolérance irréprochable vis-à-vis de la corruption", doit choisir fin 2017 un nouveau leader, chargé de briguer la présidence en 2019. M. Zuma, au pouvoir depuis 2009, ne peut pas se présenter à un troisième mandat.

Dans son rapport, la médiatrice Thuli Mandosela, chargée du bon usage des deniers publics, a recommandé la mise en place d'une commission d'enquête pour faire la lumière sur la corruption au sommet de l'Etat.

Pour compiler ce rapport, elle a notamment épluché emails, relevés téléphoniques et billets d'avion de ministres, chefs d'entreprise et membres de la famille Gupta.

Un accès à des documents qui lui a permis de lâcher des informations embarrassantes: somme astronomique de 40 millions d'euros offerte par les Gupta au vice-ministre des Finances Mcebisi Jonas pour accepter le portefeuille clé des Finances, présence du député David van Rooyen chez les Gupta la veille même de sa nomination surprise au Trésor en 2015, 58 appels échangés entre l'un des frères Gupta et le patron de la société publique d'électricité Eskom en l'espace de sept mois...

La présidence déclare étudier le rapport. La famille Gupta a, elle, dénoncé un document "criblé d'erreurs".

Avec AFP

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