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La Guyane incitée à voter blanc pour boycotter la présidentielle française


Des camions sont utilisés pour bloquer des routes à Cayenne le 26 mars 2017.

Voter, s'abstenir, bloquer les bureaux de vote? A six jours du premier tour de la présidentielle, les habitants de la Guyane, territoire français en Amérique du Sud, s'interrogent sur leur choix face au "mépris de l'Etat français" mais sur les barrages on incite à un vote blanc de protestation.

Alors que sur les réseaux sociaux, les messages se sont multipliés pour boycotter l'élection présidentielle, l'association Gwiyann mo péyi ("Guyane mon pays") a organisé des réunions publiques pour inciter au contraire à voter, mais blanc.

Depuis un mois, la Guyane est en ébullition, paralysée par des grèves et blocages à l'initiative d'un collectif qui dénonce un sous-investissement chronique dans le territoire et réclame des moyens sur tous les fronts: économique, social, éducatif, sécuritaire...

Après un week-end pascal de trêve, les protestataires doivent décider lundi quelle forme va prendre désormais la mobilisation. Ils ne se satisfont pas d'un plan d'urgence d'un milliard d'euros validé par le gouvernement et réclament à l'État français 2,1 milliards supplémentaires.

La campagne électorale a été largement occultée par ce mouvement social qui a par exemple rendu impossible l'envoi des professions de foi aux électeurs. A moins d'une semaine du scrutin, les panneaux électoraux restent vides.

La situation ne favorise pas l'intérêt d'un électorat traditionnellement fortement abstentionniste. Lors de la présidentielle de 2012, sur près de 80.000 électeurs (pour une population de 250.000 personnes), près de 33.000 s'étaient abstenus.

Mais "s'abstenir c'est se désintéresser de la vie politique, alors que la mobilisation actuelle montre le contraire", souligne Ivenare Rameau, membre de Gwiyann mo péyi.

Pour Dominique, un électeur de Cayenne, "on doit se décider sur la base des professions de foi, mais comment faire si comme dans certaines communes isolées de l'intérieur, on n'a pas l'électricité pour regarder la télé ou consulter internet?".

Lui "sait depuis longtemps pour qui" il votera dimanche.

D'autres, comme Owen, 50 ans, sont réticents. "Voter? je me demande à quoi ça sert. Le gouvernement nous méprise, je méprise le vote", dit-il.

Sur les barrages, avec l'aide d'experts en droit, le message est martelé: "l'abstention n'a aucun effet d'un point de vue juridique", explique Laurent Montet, docteur en droit, contredisant ainsi les rumeurs répandues sur les réseaux sociaux, affirmant qu'une abstention massive annulerait l'élection.

"A l'échelle de la France, 80.000 électeurs, c'est rien du tout", ajoute Doris Tablon, juriste, rappelant que "pendant longtemps, on a voté en Guyane alors qu'on connaissait déjà le résultat de l'élection", à cause du décalage horaire avec la métropole. Désormais, la Guyane vote un jour plus tôt.

Elle explique qu'à l'inverse du vote nul, le vote blanc "est comptabilisé, même s'il ne va pas être considéré comme un suffrage exprimé".

Vote 'symbolique'

"Avec le vote blanc, on exprime notre mécontentement. Ça n'influera pas sur le choix du candidat, mais ce sera la meilleure façon de répondre au mépris du gouvernement".

L'argument a convaincu Marjorie, 33 ans. "Je ne voulais pas voter, mais maintenant c'est ce que je vais faire".

Laurent, 53 ans, qui voulait "voter Macron" --l'ancien ministre de l'Économie du gouvernement socialiste positionné au centre-- même s'il a fait "une grosse bourde", en parlant de la Guyane comme d'une "île", s'est rangé au vote blanc, "symboliquement".

Le collectif met aussi en garde contre une tentation de bloquer des bureaux de vote, une action illégale qui mènerait "à du grabuge" et passerait "un message totalement opposé à l'image de la mobilisation jusqu'à présent", insiste Doris Tablon.

De même, les maires qui n'organiseraient pas l'élection risqueraient d'être sanctionnés, a-t-il rappelé.

"Je ne peux pas croire que des gens en Guyane soient antidémocrates au point d'empêcher leurs concitoyens de voter ou qu'il puisse y avoir des maires qui ne mettent pas tout en œuvre pour que l'élection ait lieu correctement", a dit le représentant de l'État en Guyane, le préfet Martin Jaeger.

Avec AFP

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