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Présidentielle en Gambie : résultats encore indécis entre le président Jammeh et l'opposant Barrow


Trois urnes représentant les trois candidats en lice pour l’élection présidentielle : Adama Barrow, la coalition de l'opposition, le président sortant Yahya Jammeh et Mama Kandeh transfuge du parti au pouvoir, dans un bureau de vote à Serrekunda, en Gambie, mercredi 30 novembre 2016.

Les forces de sécurité gambiennes étaient déployées en masse vendredi à Banjul, où l'issue du scrutin présidentiel restait indécise entre Yahya Jammeh, au pouvoir depuis 22 ans, et le candidat d'une coalition d'opposition, Adama Barrow, crédité d'une légère avance selon des résultats partiels, une première dans le pays.

Le réseau internet et les communications téléphoniques internationales étaient toujours coupés, afin d'empêcher la diffusion de résultats non officiels, une pratique observée dans une récente série d'autres scrutins africains sous haute tension (Gabon, Congo, Tchad ...), afin de prévenir des troubles post-électoraux.

Selon de premiers résultats annoncés à la télévision par la Commission électorale, M. Barrow l'emportait symboliquement sur l'ensemble des circonscriptions de Banjul, avec 49,67% des voix, devant M. Jammeh, à 42,64% et Mama Kandeh, ex-député du parti au pouvoir, candidat d'une nouvelle formation, à 7,6%.

Quelque 890.000 électeurs, sur près de 2 millions d'habitants de ce pays d'Afrique de l'Ouest enclavé dans le territoire sénégalais, hormis sa façade atlantique, étaient appelés aux urnes jeudi, pour départager les trois candidats.

Dès la fermeture des bureaux de vote, qui ont connu une grande affluence, a commencé le décompte des billes déposées dans les trois bidons de couleurs différentes - vert pour Jammeh, gris pour Barrow et violet pour Kandeh - un système de vote unique au monde.

"Par la grâce de Dieu Tout-Puissant, ce sera le plus grand raz-de-marée de l'histoire de mes élections dans ce pays", a lancé Yahya Jammeh après avoir voté.

Porté au pouvoir par un coup d'Etat en 1994, il a été élu pour la première fois en 1996 puis réélu trois fois.

L'opposant Adama Barrow a affiché la même assurance. "S'il (Jammeh) perd, il faut qu'il reconnaisse sa défaite. Et nous savons qu'il va perdre", a-t-il déclaré.

- 'Illusion de liberté' ? -

Un homme d'affaires, Sulayman Jallow, s'est dit impatient d'une alternance, après 22 ans. "Cela fait trop longtemps", a-t-il affirmé: "Nous avons été marginalisés, persécutés et torturés".

"Notre président est un type travailleur, un homme bien, il aime tout le monde", a au contraire estimé Modou Job, 36 ans, peintre en bâtiment.

Résumant la crainte de violences au sein de la population, Kaddy Kanu, une femme de 30 ans, a affirmé que "l'important, c'est que ce soit une élection pacifique".

M. Jammeh a prévenu qu'il ne tolérerait aucune contestation des résultats dans la rue, mais exclusivement devant les tribunaux, assurant que la fraude était impossible.

Le ministre de l'Information, Sheriff Bojang, a qualifié l'interruption des communications de "mesure de sécurité qui sera levée dès l'annonce des résultats". Il a invoqué la nécessité "d'empêcher les gens de donner de fausses informations, comme au Gabon", en référence aux troubles dans ce pays après la présidentielle du 31 août.

Le département d'Etat américain a salué "une participation manifestement élevée et un climat généralement pacifique" lors du vote, mais s'est inquiété "des pressions et des intimidations" avant le scrutin.

Amnesty International a de son côté déploré le blocage des communications, qui "dissipe l'illusion de liberté apparue pendant les deux semaines de campagne électorale", et Human Rights Watch (HRW) a appelé les autorités à les rétablir et à "autoriser la tenue de manifestations pacifiques".

La Gambie a également fermé depuis mercredi soir ses frontières terrestres, comme à chaque élection, selon une source de sécurité sénégalaise.

Selon des analystes et l'opposition, c'est la première fois que le régime, qui a survécu à de nombreuses tentatives de coup d'Etat, est sérieusement menacé par un scrutin, au terme d'une campagne marquée par l'expression d'un pluralisme inhabituel.

Malgré la répression, la parole se libère depuis des manifestations en avril pour réclamer des réformes politiques, puis pour dénoncer la mort en détention d'un opposant et la condamnation en juillet à trois ans de prison d'une trentaine de participants à ces rassemblements, dont le chef de l'opposition, Ousainou Darboe.

Les ONG et certaines chancelleries condamnent les violations des droits de l'Homme sous Yahya Jammeh, des accusations qu'il rejette.

Beaucoup de Gambiens portent néanmoins à son crédit la stabilité du pays et certains progrès, notamment en matière d'éducation et de santé. Mais de nombreux autres fuient la pauvreté et la répression sur les routes de l'émigration clandestine.

Avec AFP

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