Liens d'accessibilité

Présidentielle au Gabon : Ping à l'assaut de la maison Bongo


Jean Ping, candidat de l’opposition à l’élection présidentielle du 27 août 2016 au Gabon, à Libreville, 26 août 2016, VOA/Idriss Fall

Jean Ping, candidat de l’opposition à l’élection présidentielle du 27 août 2016 au Gabon, à Libreville, 26 août 2016, VOA/Idriss Fall

Les Gabonais votaient samedi en nombre pour l'élection présidentielle où le chef de l'Etat sortant, Ali Bongo Ondimba, est menacé par son principal rival Jean Ping, un ex-cacique du régime qui prétend mettre un terme à la dynastie au pouvoir depuis près de 50 ans.

"Le jour de gloire est arrivé !", a proclamé M. Ping, 73 ans, après avoir voté à 10h15 (09h15 GMT) dans un bureau de Libreville.

"Nous nous préparons à célébrer la victoire. Vous savez qu'il y a un rejet total de nos adversaires", a lancé à la presse l'ex-patron de l'Union africaine (UA), veste de costume et chemise blanche sans cravate.

Veste bleu marine et chemise bleu ciel, Ali Bongo, 57 ans, a accompli son devoir électoral vers midi dans un bureau près du palais du bord de mer, siège de la présidence qu'il occupe depuis sa première élection en 2009 après la mort de son père Omar, au pouvoir pendant 41 ans.

"Je suis serein, j'ai passé une bonne nuit", a assuré le chef de l'Etat au terme d'une campagne à l'américaine avec pour slogan "Changeons ensemble".

- Affluence dans le calme -

Les 628.124 électeurs ont commencé à affluer dans le calme vers les bureaux de vote pour départager dix candidats. Les résultats du scrutin à un tour doivent être connus dans les 72 heures après la fermeture des bureaux ce samedi à partir de 18h00.

C'est également sans tension que le vote a commencé dans la capitale économique Port-Gentil, marquée par des troubles en 2009 après la première victoire d'Ali Bongo. "La meilleure façon de chasser Ali et toute sa bande de danseurs, c'est dans les urnes et moi je l'ai fait", a déclaré à l'AFP Françoise Mba, une électrice port-gentillaise.

"J'ai voté pour donner un coup de pied à cette bande de fausse opposition qui n'a pas de projet pour le pays", assurait au contraire Steve, 32 ans, également à Port-Gentil.

Frappée par la crise du pétrole, Port-Gentil est une des villes-symboles d'un scrutin sur fond de tensions économiques dans ce pays d'Afrique centrale encore dépendant de l'or noir. Un tiers des quelque deux millions d'habitants vit dans la pauvreté malgré de grandes richesses forestières et minières.

Ali Bongo a longtemps fait figure de favori face à Jean Ping, ex-compagnon d'une de ses soeurs et plusieurs fois ministre sous Bongo père.

Le rapport de force s'est rééquilibré avec l'alliance de l'opposition autour de Jean Ping le 16 août, deux autres poids lourds de la vie politique locale s'étant désistés en sa faveur.

La campagne a été marquée par de violentes invectives. L'opposition a demandé en vain l'invalidation de la candidature d'Ali Bongo, répétant qu'il est un enfant du Nigéria adopté par son père, et qu'il ne peut de ce fait être président selon la Constitution.

Une quinzaine d'activistes sont toujours en prison depuis leur interpellation le 9 juillet lors d'une manifestation anti-Bongo. Le syndicaliste enseignant Jean-Rémi Yama a appelé à voter Jean Ping depuis sa cellule, à l'image d'une société civile souvent remontée contre le président en place.

- Accusations de fraudes -

Des dizaines d'observateurs, notamment de l'Union européenne (UE) et de l'UA, supervisent le vote dans tout le pays.

Cette présence va-t-elle garantir un processus électoral "clair et transparent", comme l'a répété M. Bongo en votant ?

"En face nous savons qu'ils préparent la triche, c'est à vous d'être vigilants", a lancé M. Ping à la presse.

"Il faut être présent dans chaque dépouillement et surtout veiller à ce que les urnes arrivent correctement parce qu'en 2009 ils ont détourné les résultats d'ici en faveur d'Ali", a affirmé à l'AFPTV Eric Moussavou, électeur du quartier populaire Rio à Libreville.

La communauté internationale a multiplié les mises en garde envers les autorités gabonaises pour qu'elles garantissent des élections "pacifiques et crédibles".

Vendredi, le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a exhorté les candidats "à faire preuve de retenue" et "à s'abstenir de toute incitation à la violence" avant, pendant et après le scrutin.

Car cette question taraude les Gabonais, habitués à une certaine stabilité : des troubles vont-ils éclater après la proclamation des résultats ?

"Des violences se préparent dans certains quartiers de Libreville et à Port-Gentil. Nous avons déjà identifié les leaders", a confié à l'AFP une source gouvernementale. Par sécurité, les autorités ont fermé les frontières terrestres, maritimes et aériennes de 00H00 samedi jusqu'à 20H00.

Avec AFP

Voir les commentaires

XS
SM
MD
LG