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Pravin Gordhan, l'encombrant "Monsieur Propre" sud-africain


Le ministre sud-africain des Finances, Pravin Gordhan

Il savait ses jours comptés. Malgré le soutien des marchés et d'une partie du gouvernement, le ministre sud-africain des Finances Pravin Gordhan a fini jeudi par tomber, victime du conflit ouvert qui l'opposait au président Jacob Zuma.

Depuis son retour à la tête du Trésor en décembre 2015, son visage rond incarnait la rigueur financière et la gestion transparente des deniers publics, face aux dépenses faciles et aux affaires du chef de l'Etat et de son entourage.

Aussi calme et mesuré en public qu'il était intransigeant en coulisses, Pravin Gordhan, 67 ans, a confirmé en quinze mois sa réputation de probité et rassuré les investisseurs.

A l'inverse, ses sorties répétées contre la corruption qui mine le gouvernement et le Congrès national africain (ANC) au pouvoir ont irrité le clan Zuma. Tout comme la guerre qu'il a engagée contre la sulfureuse famille Gupta, très proche du président.

Contre l'avis d'une partie de l'ANC et du monde des affaires, le chef de l'Etat a fini par remplacer son encombrant "Monsieur Propre" par un ministre plus conciliant.

Convaincu qu'il profitait de ses tournées à l'étranger pour miner sa réputation, M. Zuma a ordonné lundi son retour immédiat en Afrique du Sud, avant de le congédier sans autre forme de procès.

A la veille de son limogeage, Pravin Gordhan a répété mercredi l'idée qu'il se faisait de sa mission.

- 'Il ne se sert pas' -

"Nous avons la responsabilité de faire avancer ce pays dans la bonne direction, pas seulement pour remplir nos poches et pour nous-mêmes, mais pour le bénéfice de millions de Sud-Africains", a-t-il lancé, défiant, devant les caméras.

Dès sa première nomination à la tête du prestigieux département du Trésor en 2009, il a donné le ton. "On ne tolèrera pas la corruption. Nous agirons énergiquement contre le gaspillage", affirme-t-il alors en présentant son premier budget.

Quand il quitte le Trésor en 2014, son bilan est largement salué.

Le journaliste politique Stephen Grootes décrit alors cet homme jovial et volontiers consensuel comme "probablement la personne la plus intelligente du gouvernement".

"Il a la réputation de quelqu'un de très prudent en matière de dépense publique, quelqu'un qui ne se sert pas", commente le professeur Mcebisi Ndletyana, de l'université de Johannesburg.

Né à Durban (sud-est) en 1949, un an après l'instauration du régime raciste de l'apartheid, le jeune Pravin étudie la pharmacologie à l'université de Durban-Westville, réservée aux personnes d'origine indienne.

Sur les bancs de la fac, il rejoint le Congrès indien du Natal, créé par Gandhi pour lutter contre les discriminations dont sont victimes les personnes d'origine indienne.

Il s'implique ensuite au sein de l'ANC et de son allié, le Parti communiste sud-africain (SACP). Au cours des années 1980, il est arrêté et emprisonné à plusieurs reprises pour ses activités.

- Sauveur du rand -

Cet engagement lui vaut de jouer un rôle clé auprès du futur président Nelson Mandela dans les discussions qui conduisent l'Afrique du Sud vers ses premières élections libres en 1994. Avec l'avènement de la démocratie, Pravin Gordhan entre au Parlement sous les couleurs de l'ANC, désormais au pouvoir.

Cinq ans plus tard, en 1999, il est nommé à la tête du fisc sud-africain (SARS), dont il fait l'un des services les plus efficaces du pays. L'unité d'enquête qu'il a créée pour traquer la criminalité organisée lui a pourtant valu quelques ennuis, un temps soupçonnée d'avoir espionné des hommes politiques.

Après son premier passage aux Finances, Pravin Gordhan a hérité en 2014 du portefeuille des Affaires traditionnelles et semblait se diriger vers une retraite politique tranquille.

Mais en décembre 2015, le rand s'effondre brutalement après le limogeage de son successeur aux Finances Nhlanhla Nene et son remplacement par un député inconnu.

Sous la pression d'une partie de l'ANC et des milieux d'affaires, le président rappelle à la rescousse Pravin Gordhan.

Son retour apaise les marchés et sa détermination à réduire le déficit du budget contribue à redonner momentanément des couleurs à la devise nationale et évite la dégradation du pays par les agences de notation financière.

Ses sorties contre la corruption vont toutefois vite en faire la cible du clan Zuma. L'an dernier, il est même renvoyé devant la justice pour fraude, avant d'être complètement blanchi.

Mais son sort politique était déjà scellé. Ses fidèles lui ont offert mercredi une récompense inattendue en l'ovationnant lors des obsèques d'Ahmed Kathrada, figure historique de l'ANC. Un dernier pied de nez à Jacob Zuma.

Avec AFP

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