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Pour lutter contre Boko Haram, Chibok veut la reconstruction de son lycée


Une manifestation tenue dimanche 12 avril 2015 à Washington, Etats-Unis, pour réclamer la libération de 276 lycéennes enlevées un an plus tôt à Chibok au Nigéria.

Une manifestation tenue dimanche 12 avril 2015 à Washington, Etats-Unis, pour réclamer la libération de 276 lycéennes enlevées un an plus tôt à Chibok au Nigéria.

Il ne reste pas grand-chose du lycée pour filles de Chibok, dans le nord-est du Nigeria, où 276 jeunes filles ont été enlevées par le groupe islamiste Boko Haram, en pleine nuit, il y a près de deux ans.

Même le mot "filles" sur le panneau à l'extérieur de l'établissement a disparu. Comme 219 des lycéennes dont on est toujours sans nouvelles.

Sur le chemin en terre et au-delà des grilles en fer, des soldats sont postés, armés de fusils automatiques. Mais il n'y a plus personne à protéger dans les ruines.

Seuls les murs vert pâle du bâtiment principal du lycée tiennent encore debout, surmontés d'une structure métallique rouillée dont le toit n'est plus. Au sol, les mauvaises herbes poussent à travers les fissures.

Peu avant les élections, l'année dernière, l'administration de l'ancien président nigérian Goodluck Jonathan avait promis la reconstruction imminente du lycée de Chibok. Mais à part quelques piles de parpaings de béton abandonnés, aucun signe de chantier.

"Si le gouvernement veut faire quelque chose, qu'ils appellent une entreprise de construction, qu'on envoie quelqu'un sur le terrain" s'énerve Ayuba Alamson Chibok, l'oncle d'une des otages, en parcourant les ruines du dortoir d'où il soulève un morceau de lit, dans un nuage de poussière.

"On a atteint le niveau zéro de l'éducation ici à Chibok. C'est la seule école que nous ayons à Chibok et elle est détruite", ajoute-t-il.

L'instituteur Yakubu Nkeki s'indigne quand il apprend que dans les villes voisines, où les islamistes ont été chassés par l'armée, des écoles ont déjà rouvert.

A Chibok, fait-il remarquer, "Boko Haram a gagné, eux qui disent qu'ils ne veulent pas d'éducation à l'occidentale".

Abandonnés

Le 14 avril, pour le second anniversaire de l'enlèvement des lycéennes, cette petite ville reculée du sud de l'Etat de Borno risque d'attirer à nouveau l'attention du monde entier.

Les parents des jeunes filles doivent se réunir dans l'école pour prier ensemble pour leur retour saines et sauves, explique Yakubu Nkeki, qui fait partie d'un groupe de soutien aux familles.

Seize des pères et deux mères des otages ne seront pas là, ajoute-t-il, parce qu'ils sont morts, depuis la fameuse nuit du 14 avril 2014. Soit de maladie, soit tués par l'insurrection de Boko Haram, qui a fait quelque 20.000 victimes en près de sept ans.

Parmi ceux qui restent, nombreux sont ceux qui ont développé des troubles physiques et psychologiques. Hypertension et ulcères sont devenus monnaie courante à Chibok, poursuit Yakubu Nkeki.

Malgré la vague d'indignation qu'a provoquée le kidnapping à travers le monde, à Chibok, la population se sent abandonnée.

La rue principale, bordée de marchands d'arachides et de réparateurs de vélos, sur laquelle de jeunes garçons poussent des brouettes remplies d'oranges, n'est pas goudronnée. Et c'est aussi une route en terre qui relie la ville au reste du monde. Des câbles électriques tombés de pylônes endommagés gisent au sol.

La dernière attaque islamiste à Chibok remonte à janvier. Trois kamikazes ont tué 13 personnes. Depuis, tous les fidèles, même les enfants, sont fouillés à l'entrée de la mosquée.

Des miliciens engagés dans la lutte conte Boko Haram aux côtés de l'armée patrouillent, armés de longs mousquets fabriqués localement.

"C'est difficile pour nous", reconnaît Bulama Dawa, un libraire de 56 ans. "Il n'y a pas d'eau, pas d'électricité, pas de route, et au niveau sécurité, on n'en fait pas assez à Chibok", se plaint-il.

"Nous avons beaucoup d'enfants qui sont à la maison et qui ne font rien, sans éducation, les pauvres n'arriveront à rien", poursuit-il.

Toujours dans l'attente

Yawale Dunya, un fermier de 41 ans, et d'autres parents de lycéennes kidnappées vivent à Mbalala, à une dizaine de minutes en voiture de Chibok.

Aucun signe d'activité sur la place du marché de ce village souvent pris pour cible par Boko Haram par le passé, à part les cris des enfants qui jouent, quelques chèvres qui bêlent et le sermon de l'imam, via les haut-parleurs de la mosquée.

Des petites filles en hijab bleu et blanc sont assises sur des briques en terre. Des garçons nettoient une chèvre accrochée à un poteau, d'autres puisent de l'eau.

Yawale Dunya est assis en silence avec d'autres hommes sur un banc, à l'ombre. Ses doigts triturent machinalement un petit chapelet de perles. Il n'a pas été capable de faire beaucoup plus que cela depuis qu'Hawa, sa fille alors âgée de 15 ans, a été enlevée.

La contre-offensive lancée par l'armée nigériane, qui a permis d'affaiblir les insurgés islamistes, a donné espoir à ce papa. Sans cesse, il retrace le même scénario dans sa tête.

"Quand je verrai ma fille revenir, je vais ressentir une immense joie dans mon coeur. Je ne penserai plus à toutes mes petites douleurs, je serai vraiment heureux".

Avec AFP

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