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Pluie d'hommages après la mort du héros de la lutte anti-apartheid Ahmed Kathrada

  • VOA Afrique

Ahmed Kathrada, un activiste sud-africain anti-apartheid, à Bloemfontein, Afrique du sud, le 8 janvier 2012.

Toute l'Afrique du Sud a rendu mardi un hommage ému à Ahmed Kathrada, une des dernières grandes figures de la lutte contre l'apartheid et compagnon de cellule de l'icône Nelson Mandela à la prison de Robben Island, décédé à l'âge de 87 ans.

Ancien député et conseiller du président Mandela pendant son seul mandat à la tête du pays (1994-1999), ce fils d'immigrés indiens faisait partie du tout premier cercle des dirigeants historiques du Congrès national africain (ANC).

Surnommé "Oncle Kathy", il s'était illustré à la fin des années 1980 lors des négociations entre l'ANC et le régime blanc qui avaient abouti au début des années 1990 à la chute de l'apartheid et aux premières élections libres du pays en 1994.

Hospitalisé début mars pour une opération au cerveau, Ahmed Kathrada s'est éteint "en paix" mardi dans un hôpital de Johannesburg, a annoncé la fondation qui porte son nom.

Un de ses principaux compagnons de route, l'ex-archevêque Desmond Tutu, a ouvert la série des hommages en saluant la mémoire "d'un homme d'une gentillesse, d'une modestie et d'une ténacité remarquables", véritable conscience morale.

"Il faisait partie de ces gens de la plus haute intégrité et moralité qui, par leur humilité et leur humanité, ont inspiré notre dignité, et la confiance du monde", a rappelé dans un communiqué le prix Nobel de la Paix, aujourd'hui âgé de 85 ans.

Son enterrement aura lieu mercredi, comme l'a annoncé sa fondation sur Twitter :

'Un homme bon'

"C'était vraiment un homme bon, qui aimait l'Afrique du Sud et tout son peuple", a salué l'ancien président blanc Frederik De Klerk, "puisse-t-il servir d'exemple à tous les Sud-Africains".

"Une personne courageuse, pleine de compassion et résolue", a renchéri l'un des autres négociateurs de la chute de l'apartheid, l'actuel vice-président Cyril Ramaphosa.

"C'était un révolutionnaire déterminé qui a voué sa vie entière au combat pour la liberté dans notre pays", a réagi un autre de ses compagnons d'armes, Derek Hanekom.

"Il était mon autre père, toujours gentil et ouvert", a confié, très émue, l'une des filles de Nelson Mandela, Zenani, lors d'un hommage public à la fondation Nelson Mandela.

Né en 1929 dans une petite ville de ce qui était alors la province du Transvaal occidental, dans une famille d'origine indienne de confession musulmane, il avait quitté l'école à 17 ans pour participer à la lutte contre les lois sur l'habitat séparé.

Ahmed Kathrada avait été arrêté en 1963 avec Nelson Mandela, Walter Sisulu et une partie de l'état-major de l'ANC dans leur QG clandestin de Johannesburg.

Condamné l'année suivante à la réclusion criminelle à perpétuité pour sabotage lors du grand procès de Rivonia, il a alors rejoint le pénitencier de Robben Island, au large du Cap. Il n'est sorti de prison que vingt-six ans plus tard.

'Corriger les erreurs'

Son avocat de l'époque, George Bizos, s'est souvenu de lui mardi comme "le détenu le plus intelligent auquel le régime (de l'apartheid) ait jamais été confronté".

Depuis sa retraite politique en 1999, Ahmed Kathrada dirigeait une fondation pour lutter contre les inégalités.

Il était exceptionnellement sorti l'an dernier pour déplorer le chemin pris par l'ANC sous le règne de l'actuel président Jacob Zuma, mis en cause dans une longue série de scandales de corruption, et pour réclamer sa démission.

"Cher camarade président, ne pensez-vous pas que rester président va contribuer à aggraver la crise de confiance dans le gouvernement du pays ?", avait-il écrit dans une lettre ouverte.

"Je peux imaginer combien il a dû souffrir de devoir partir en ce moment particulier", a confié à la presse l'ancienne épouse de Nelson Mandela, Winnie. "Tout ce pour quoi il s'est battu ne correspond pas à la réalité d'aujourd'hui".

Il voulait "corriger les erreurs" de l'ANC, a renchéri l'ancien président Thabo Mbeki.

Malgré sa récente sortie contre M. Zuma, l'ANC (au pouvoir depuis 1994) a déploré la disparition d'un "chef dont le service à son pays restera gravé à tout jamais" et souligné qu'il n'avait "jamais abandonné ou tourné le dos à l'ANC".

Plus discret, M. Zuma s'est contenté mardi de présenter ses condoléances à la famille.

"Oncle Kathy (...) incarnait un sens profond de la compassion et un engagement déterminé en faveur de la vraie justice", a estimé de son côté l'opposant Mmusi Maimane, chef de l'Alliance démocratique (DA).

Ahmed Kathrada devait être enterré mercredi.

Avec AFP

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