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Place à la fête de l'Euro 2016 malgré la peur et la pagaille


Logo Euro 2016

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La France donne le coup d'envoi des festivités de l'Euro 2016 de football avec un concert géant à Paris, où les poubelles s'entassent, stigmates d'une fronde sociale inextinguible qui, avec les craintes d'attentats, noircissent l'ambiance.

A la veille du match d'ouverture France-Roumanie, un concert gratuit au pied de la tour Eiffel, auquel doivent assister 80.000 personnes, aura valeur de test pour des forces de l'ordre en état d'alerte maximale.

"Je refuse de penser au risque", déclare le DJ David Guetta, tête d'affiche de la soirée et auteur de l'hymne officiel de l'Euro 2016. "Je ne veux pas changer mes habitudes après ce qui s'est passé à Paris", frappée à deux reprises par des attentats en 2015, ajoute-t-il dans le quotidien Le Parisien.

Après les tueries de janvier (17 morts), un commando jihadiste a décimé 130 personnes, le 13 novembre, dans une salle de concert, des bars et restaurants de la capitale, et en essayant d'entrer dans le stade de France.

Inquiétudes de la sécurité des "fan zones"

Présent sur la pelouse du stade ce soir-là, le défenseur allemand Jérôme Boateng a déclaré que par souci de sécurité, sa femme et ses filles ne viendraient pas voir les matches de la "Mannschaft" lors de l'Euro.

Washington et Londres ont mis en garde leurs ressortissants contre la "menace terroriste" pendant la compétition.

En France, des voix se sont élevées, en particulier dans l'opposition de droite, pour s'inquiéter de la sécurité des "fan zones", espaces clos où les amateurs de foot pourront suivre les matches sur des écrans géants.

Pour sécuriser ces espaces et les stades des dix villes-hôtes, 90.000 policiers, gendarmes et agents de sécurité privé seront déployés pendant la compétition (10 juin-10 juillet). Trois mille personnes ont été exclues de l'organisation, une fois leur dossier passé au crible de la police.

Faute de "moyens" suffisants pour tout surveiller, la retransmission des matches susceptibles de créer des attroupements en extérieur, notamment sur les terrasses des bars, sera en revanche interdite, ont rappelé les autorités.

Détritus

A ce climat anxiogène s'ajoute une vive contestation contre une réforme du droit du travail qui, après trois mois de manifestations, grèves et actions coups de poing, ne faiblit pas.

Jeudi matin, pour le 9e jour, la circulation des trains restait perturbée par une grève illimitée des cheminots également nourrie par des revendications catégorielles, malgré une amélioration sur les grandes lignes.

Un arrêt de travail dans le traitement des ordures ménagères entraînait une accumulation de poubelles sur les trottoirs de Paris et Marseille (sud). Dans la capitale, la mairie s'est dite inquiète du "risque sanitaire".

"Le client, il est en face des poubelles, forcément, ça coupe l'appétit...", se lamentait Zahier, serveur dans le Quartier Latin, où des montagnes de détritus se sont formées en face des nombreux restaurants et bars.

Au petit matin, des manifestants ont aussi perturbé l'accès au plus important marché de gros de France, à Rungis (sud de Paris), qui fournit restaurants et commerces en produits frais.

Des routes, des voies ferrés et un port ont également été bloqués. Et des milliers de personnes prévoyaient encore de battre le pavé dans plusieurs villes, avant une grande manifestation nationale à Paris le 14 juin.

"Pagaille, "guérilla", "non sens", le gouvernement socialiste a durci le ton face à ces actions. "En gâchant la fête, on gâche l'image de la France", a dénoncé le ministre des Sports Patrice Kanner. "La fierté de la France est en jeu", a renchéri sa collègue de l'Environnement Ségolène Royal.

Le syndicat contestataire CGT, à la pointe du mouvement, "souhaite que l'Euro se déroule comme une vraie fête populaire", a répondu son leader Philippe Martinez. "Je ne suis pas sûr que bloquer les supporters soit la meilleure image que l'on puisse donner de la CGT", a-t-il ajouté, laissant espérer un possible infléchissement.

En attendant, un autre front se profile: les pilotes d'Air France menacent, pour des raisons internes, de faire grève à partir de samedi.

Laissant de côté ces tensions, les fans de foot ont commencé jeudi à profiter de la grand' messe du foot européen. Plus de 700 supporteurs ont suivi l'entraînement public des Italiens à Montpellier (sud) aux cris de "Forza raggazi" (Allez les gars).

LA CGT ne veut pas donner une mauvaise image

"Je ne suis pas sûr que bloquer les supporters soit la meilleure image que l'on puisse donner de la CGT", a estimé jeudi le leader du syndicat en pointe dans la contestation antigouvernementale en France, Philippe Martinez, à la veille de l'ouverture de l'Euro-2016 de football.

La CGT "souhaite que l'Euro se déroule comme une vraie fête populaire dans les stades comme dans les fan zones", a-t-il ajouté à l'occasion du congrès d'une union locale de son syndicat dans le centre de la France, en précisant que ses militants iraient "distribuer des tracts" et discuter avec les supporters.

Pour autant, le mouvement contre le projet de réforme du droit du travail, qui provoque des grèves massives en France, "n'est pas terminé", a-t-il dit en appelant de nouvelles entreprises à rejoindre le mouvement et à l'amplifier. "Soit le gouvernement accepte la démocratie, soit le conflit dure et on fait en sorte qu'il s'élargisse. On a encore de la marge".

"La balle est dans le camp du gouvernement depuis trois mois", a-t-il encore estimé.

Alors que la discussion sur le projet de loi travail s'engage lundi prochain au Sénat en deuxième lecture, la CGT prévoit trois nouvelles journées d'action d'ici la fin juin, dont le 14 avec une grande manifestation à Paris, puis les 23 et 28.

Les deux matches programmés le 14 juin n'ont pas lieu en région parisienne, mais dans le sud-ouest à Bordeaux (Autriche-Hongrie) et le centre-est à Saint-Etienne (Portugal-Islande).

Avec AFP

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