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Pékin compte sur le G20 pour soigner son image, ternie par les tensions en Asie


Le destroyer Wilber patrouille dans la mer des Philippines, le 15 août 2013. (REUTERS/U.S. Navy)

Le destroyer Wilber patrouille dans la mer des Philippines, le 15 août 2013. (REUTERS/U.S. Navy)

La mer de Chine méridionale et autres enjeux géopolitiques asiatiques planeront sur les discussions au sommet du G20 à Hangzhou, au grand dam de Pékin qui entend se cantonner à l'économie et réaffirmer son statut de puissance "responsable".

La Chine accueille ce week-end le rassemblement des chefs d'Etat et de gouvernement du G20 et espère profiter de l'occasion pour polir son image de "leader" naturel sur la scène mondiale.

Le régime n'a pas ménagé les dépenses et le faste à Hangzhou (est), métropole connue autant pour ses paysages lacustres que pour ses entrepreneurs -- le géant du commerce en ligne Alibaba y a son siège.

"Pour la Chine, toute l'orchestration (du G20) est une question d'image", relève Jean-Pierre Cabestan, politologue à l'Université baptiste de Hong Kong. Le président Xi Jinping "veut montrer que la Chine a sa place au coeur de la gouvernance mondiale".

Certes, la réputation de la deuxième économie du globe a été écornée par l'effondrement spectaculaire des bourses chinoises, la drastique dépréciation du yuan et un vif ralentissement de croissance.

A Hangzhou, Pékin mettra donc plus volontiers l'accent sur ses efforts environnementaux, ses vastes investissements dans les infrastructures en Asie, et l'essor de la banque de développement (BAII), qu'il a lancée en contrepoids à la Banque mondiale.

La mer de Chine hors sujet ?

Comme "l'instinct naturel du Parti communiste est d'éviter les surprises", les autorités "préféreraient s'en tenir strictement aux problèmes économiques mondiaux", souligne Steve Tsang, sinologue de l'Université de Nottingham.

"Nous espérons que ce sommet injectera une nouvelle dynamique pour la croissance mondiale", a d'ailleurs assuré Hua Chunying, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Avant d'insister: "Je ne pense pas que le problème de la mer de Chine méridionale ait quelque chose à voir avec le G20".

Reste que la main-mise de la Chine sur cette zone maritime stratégique alarme les pays riverains tout comme les Etats-Unis, et sera à Hangzhou dans la plupart des esprits.

Pékin considère comme relevant de sa souveraineté la quasi-totalité de la mer de Chine du sud, visée par des prétentions territoriales concurrentes des Philippines, Vietnam, Malaisie et Brunei.

La militarisation croissante par Pékin de récifs transformés en îles artificielles et une récente décision d'arbitrage rendue à la Haye déniant à la Chine tous droits historiques sur la région ont contribué à aviver les tensions.

La question figure parmi les trois sujets majeurs que Washington abordera à Hangzhou, selon la Maison Blanche.

Le président Barack Obama poussera également son homologue chinois à intensifier la pression sur la Corée du Nord --et ce même si le bouclier antimissiles américain déployé en Corée du Sud irrite vivement Pékin.

"Ne pas semer le trouble"

Quant au Premier ministre nippon Shinzo Abe, il rate rarement une occasion de fustiger la politique chinoise en mer de Chine méridionale, mais également orientale, où Tokyo contrôle un archipel dont Pékin lui dispute la souveraineté.

Gao Hong, chercheur de l'officielle Académie chinoise en sciences sociales, estime que le Japon doit "chanter à l'unisson avec les thèmes du sommet" dictés par "le pays hôte", sans "semer le trouble".

"Clairement, Xi tâchera de prouver que la Chine est un voisin responsable et n'a pas d'ennemis", observe M. Cabestan.

De leur côté, les dirigeants du G20 pourraient ménager Pékin pour ne pas compromettre ses bonnes dispositions sur d'autres sujets stratégiques.

Washington a ainsi modéré le ton avant le sommet, où M. Obama espère conclure des avancées avec la Chine sur le climat et sur un accord d'investissement en panne depuis longtemps.

Ces derniers mois, "les Etats-Unis ont délibérément relâché la pression sur la mer de Chine méridionale", souligne Bonnie Glaser, chercheuse du Center for Strategic and International Studies.

Même le Japon pourrait être tenté d'éviter le sujet "alors que se prépare un éventuel sommet Japon-Chine", ajoute Haruko Sato, de l'Université d'Osaka.

Quant à la Chine, elle ne devrait pas faire de vagues pour ne pas ternir l'éclat de l'événement. Mais pour Graham Webster, expert de la Yale Law School, "une fois la réunion passée, les perspectives sont bien plus incertaines" en mer de Chine.

Avec AFP

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