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La Russie fait un bond en arrière de près de dix ans en matière de pauvreté


Manifestants disant à Poutine à Saint-Pétersbourg, en Russie, le 15 septembre 2012 : "Prix, tarifs et augmentation de la pauvreté, vous avez choisi tout celà".

Manifestants disant à Poutine à Saint-Pétersbourg, en Russie, le 15 septembre 2012 : "Prix, tarifs et augmentation de la pauvreté, vous avez choisi tout celà".

La récession qui frappe la Russie a effacé près d'une décennie de progrès enregistrés par Vladimir Poutine en termes de lutte contre la pauvreté, et la dégradation du niveau de vie semble partie pour se poursuivre cette année.

Selon des chiffres publiés lundi par le service fédéral des statistiques Rosstat, 19,2 millions de Russes, soit plus d'un Russe sur sept (13,4% de la population), ont vécu l'an dernier en moyenne avec 9.452 roubles par personne (environ 120 euros au cours actuel).

C'est 20% de plus qu'en 2014 et surtout le chiffre le plus élevé depuis 2006, illustrant les conséquences radicales pour le niveau de vie des Russes de la crise causée par l'effondrement des cours du pétrole et par les sanctions occidentales décrétées sur fond de crise ukrainienne.

Le nombre de Russes considérés comme pauvres reste bien moindre qu'au début du premier mandat de Vladimir Poutine (29% de la population en 2000, soit 42 millions de personnes), conséquence des crises accompagnant la conversion à l'économie de marché dans les années 1990.

Mais ce bond en arrière constitue néanmoins un revers pour le président russe, qui avait construit en partie sa popularité sur des progrès considérables en termes de pouvoir d'achat atteints sur fond de hausse des cours des hydrocarbures dans les années suivant son arrivée au pouvoir il y a plus de 15 ans.

Confronté à sa plus longue récession, Vladimir Poutine avait enregistré ces derniers mois des niveaux de popularité record dans le contexte de la crise ukrainienne et surtout de l'intervention militaire en Syrie. Il subit néanmoins une érosion de sa cote de confiance, à 73% en mars contre 83% il y un an, selon un sondage publié lundi par l'institut indépendant Levada.

La hausse de la pauvreté est le résultat direct de l'envolée des prix provoquée l'an dernier par la crise monétaire, avec un plongeon du rouble, ainsi que par l'embargo alimentaire décrété par le Kremlin sur la plupart des produits alimentaires occidentaux en représailles aux sanctions européennes et américaines dans la crise ukrainienne.

Le pic a été atteint en 2015 au premier trimestre avec 22,9 millions de pauvres avant de tomber en fin d'année à 14,5 millions, un phénomène normal observé tous les ans, notamment en raison de la baisse du prix de produits de base comme les pommes de terre, des carottes et du chou.

- Pas de reprise en vue -

En septembre, la Banque mondiale s'était alarmée de l'augmentation "troublante" de la pauvreté en Russie, résultat d'une baisse "spectaculaire" des revenus qui a rendu "plus vulnérables" les ménages les plus modestes, notamment parmi les fonctionnaires et les retraités.

Le Premier ministre Dmitri Medvedev a reconnu en janvier que l'appauvrissement de nombreux Russes constituait une des conséquences "les plus douloureuses" de la crise.

Toutes catégories confondues, les revenus réels des Russes ont plongé d'environ 10% l'an dernier, selon les statistiques officielles. Et selon le rapport mensuel sur l'économie publié par Rosstat, la tendance reste fermement négative en dépit du ralentissement de l'inflation.

En février, les revenus des ménages se sont affichés en recul de 6,9% par rapport à la même période un an plus tôt. Les ventes de détail ont diminué de 5,9%.

Après une baisse de 3,7% du produit intérieur brut en 2015, les espoirs de reprise rapide exprimés par les autorités ont été réduits à néant en début d'année par la déroute du marché pétrolier, dont dépend fortement l'économie russe et le budget fédéral.

Les experts de la nouvelle agence de notation nationale russe ont indiqué dans un rapport publié lundi ne pas prévoir de retour à la croissance avant 2018, année de la prochaine présidentielle.

Avec AFP

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