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Pas de génocide entre la Serbie et la Croatie dans les années 1990


Des anciens combattants croates suivant le verdict de la Cour internationale de Justice (Reuters)

Des anciens combattants croates suivant le verdict de la Cour internationale de Justice (Reuters)

Nombre de crimes ont été commis par les forces armées de ces deux pays durant le conflit mais l'intention de commettre un génocide ... n'a pas été prouvée, a estimé la CIJ.

LA HAYE (Reuters) - La Cour internationale de justice (CIJ) a estimé mardi que ni la Croatie ni la Serbie n'avaient commis de génocide envers la population de l'autre camp durant les conflits déclenchés par la dislocation de la Yougoslavie au cours des années 1990. Nombre de crimes ont été commis par les forces armées de ces deux pays durant le conflit mais l'intention de commettre un génocide, en "anéantissant une population dans son ensemble ou en partie", n'a pas été prouvée, a déclaré Peter Tomka, président de la CIJ, qui siège à La Haye.

Les deux pays ont dit espérer que cet arrêt marquerait un tournant dans les relations bilatérales, qui se sont améliorées depuis la guerre mais demeurent par moments très tendues. "Cela permet de tourner une page du passé et j'ai la conviction que nous allons écrire désormais une nouvelle page, meilleure, moins sombre", a déclaré à la presse à La Haye le ministre serbe de la Justice, Nikola Selakovic.

La ministre croate des Affaires étrangères, Vesna Pusic, a déclaré espérer que ce règlement contribuerait "à clore ce chapitre de l'histoire et à aller vers une période meilleure et plus sûre pour les habitants de cette région d'Europe". La Croatie, entrée dans l'Union européenne en 2013, avait engagé en 1999 des poursuites contre Belgrade pour génocide et la Serbie, aujourd'hui candidate à l'UE, a fait de même à l'encontre de Zagreb, mais seulement en 2010.

"La Croatie n'a pas démontré que la seule conclusion raisonnable à tirer était l'intention de détruire en totalité ou en partie la communauté (croate)", a dit Peter Tomka à propos des opérations militaires serbes contre des villes croates et de l'expulsion de populations civiles en Slavonie et en Dalmatie. Rejetant également les accusations de Belgrade contre Zagreb, il a estimé que la Croatie n'avait pas non plus commis de génocide lorsqu'elle a lancé en 1995 une offensive contre les séparatistes serbes de la région de la Krajina et provoqué un exode de plusieurs centaines de milliers de civils.

"Des actes de nettoyage ethnique peuvent participer d'un projet de génocide mais seulement s'il y a intention d'anéantir physiquement la communauté visée", a dit le président de la CIJ. Les juges ont rejeté les accusations de Zagreb contre la Serbie par quinze voix contre deux. Les accusations de la Serbie contre la Croatie ont été rejetées à l'unanimité. Le Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY), qui siège aussi à La Haye, a établi de longue date qu'un génocide avait été commis en Bosnie, où plus de 8.000 musulmans ont été massacrés à Srebrenica lors de la chute de cette enclave aux mains des forces bosno-serbes, durant l'été 1995.

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