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Pas d'asile en France pour Julian Assange


Julian Assange (John Stillwel, AP)

Julian Assange (John Stillwel, AP)

"Seule la France se trouve (...) en mesure de m'offrir la protection nécessaire contre (...) les persécutions politiques dont je fais aujourd'hui l'objet", affirme l'Australien, débouté par Paris.

La France a rejeté vendredi la demande d'asile formulée par le "lanceur d'alerte" et fondateur du site Wikileaks Julian Assange quelques minutes à peine après sa divulgation dans Le Monde.

Wikileaks a publié ces dernières années des centaines de milliers de documents diplomatiques ou classés secret défense américains, relayés par les plus grands journaux occidentaux.

Ces documents ont notamment révélé l'ampleur des activités d'espionnage des services de renseignement des Etats-Unis, créant des tensions entre Washington et ses alliés, notamment la France et l'Allemagne, jusqu'à très récemment.

"Ma vie est aujourd'hui en danger, Monsieur le Président, et mon intégrité physique comme psychologique est (...) menacée", écrit Julian Assange, recherché par les Etats-Unis et la Suède et réfugié depuis juin 2012 à l'ambassade d'Equateur à Londres.

"Seule la France se trouve (...) en mesure de m'offrir la protection nécessaire contre (...) les persécutions politiques dont je fais aujourd'hui l'objet", ajoute cet Australien.

La présidence française a confirmé dans un communiqué avoir reçu sa lettre mais estime que sa situation ne présente pas de "danger immédiat" et rappelle qu'il est l'objet d'un mandat d'arrêt européen lancé par la Suède.

"Un examen approfondi fait apparaître que, compte tenu des éléments juridiques et de la situation matérielle de M. Assange, la France ne peut pas donner suite", précise l'Elysée.

Europe Ecologie-Les Verts (EELV) s'est déclaré "scandalisé" par cette réponse "aussi immédiate que laconique".

"Le rejet de la demande d’asile de Julien Assange est une atteinte claire et profonde aux valeurs de notre République", écrivent les écologistes dans un communiqué, en appelant François Hollande à "revenir sur cette décision".

Pour le fondateur du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, "Julian Assange a rendu service à la France".

"Lui refuser l'asile est une honte", dit-il sur Twitter.

"SOUMISSION" ?

Selon le vice-président du Front national, Florian Philippot, la rapidité de la décision est une preuve de la "soumission" des autorités françaises aux Etats-Unis.

Julian Assange, accusé de viol et d'agression sexuelle par la justice suédoise pour des faits datant de 2010, refuse de se soumettre au mandat d'arrêt européen lancé contre lui de crainte d'être renvoyé aux Etats-Unis. Il réclame l'annulation de ce mandat mais la Cour suprême suédoise a rejeté son appel en mai.

Un autre lanceur d'alerte, l'ancien consultant de l'Agence nationale de sécurité (NSA) américaine, qui a notamment révélé la mise sur écoute présumée d'un téléphone portable de la chancelière Angela Merkel, est réfugié depuis 2013 à Moscou.

Julian Assange écrit dans sa longue lettre à François Hollande qu'il est, entre autres "persécutions", menacé de mort par les autorités américaines en raison des révélations distillées par Wikileaks, créé en 2006.

Il décrit également ses conditions de vie actuelles. Il dit ainsi ne disposer à l'ambassade d'Equateur à Londres que de 5,5 m2 et ne pas avoir accès à l'air libre - un accès interdit, précise-t-il, par les autorités britanniques.

Julian Assange a en France la sympathie de militants et de responsables de gauche et d'extrême gauche. Le dirigeant du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, lui a même rendu visite dans son refuge diplomatique londonien en décembre 2012.

Fin juin, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, avait dit à BFM TV qu'elle ne serait "pas choquée" si la France lui accordait l'asile politique, ainsi qu'à Edward Snowden.

Bien qu'ulcérés par les récentes révélations sur la mise sur écoute de trois de ses présidents et de leurs collaborateurs par la NSA entre 2006 et 2012, l'exécutif français semble cependant soucieux de ménager ses relations stratégiques avec Washington.

Avec Reuters

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