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Paris et Berlin poussent l'Europe à "plusieurs vitesses"


La chancelière allemande Angela Merkel à son arrivée au siège du Conseil européen à Bruxelles, le 9 mars 2017

L'Allemagne et la France ont appelé vendredi les pays de l'UE à accepter le scénario d'une Europe à "plusieurs vitesses", rejeté par les pays de l'Est, pour permettre à l'Europe de surmonter l'épreuve du Brexit.

Réunis à Bruxelles, les dirigeants nationaux ont débattu de leur avenir à 27, après une réunion de jeudi marquée par une confrontation avec la Pologne, qui a tenté en vain d'empêcher la reconduction du Polonais Donald Tusk à la tête du Conseil européen.

"La devise est que nous sommes unis, mais unis dans la diversité", a déclaré la chancelière allemande Angela Merkel, évoquant l'objectif d'un texte préparé par les 27 dans l'optique du sommet de Rome, prévu le 25 mars.

La délicate préparation de cette "Déclaration de Rome" a occupé pendant plusieurs heures les dirigeants, réunis sans la Première ministre britannique Theresa May, comme c'est devenu l'usage pour ces réunions sur l'avenir post-Brexit.

"Il faut que l'on soit capable d'avancer plus vite à quelques-uns", a appuyé le chef de l'Etat français François Hollande, car l'Europe a "montré qu'elle n'était pas capable de prendre des décisions au bon moment".

Il a cité la défense, la zone euro, l'harmonisation fiscale et sociale comme autant de domaines dans lesquels des groupes de pays doivent être "capable d'aller plus vite, plus loin, sans fermer la porte à qui que ce soit".

D'autres pays, comme la Belgique, le Luxembourg ou l'Espagne ont apporté leur soutien à ce concept.

- Pas de 'rideau de fer' -

Ce scénario n'instaure pas "un nouveau rideau de fer entre l'Est et l'Ouest", a assuré le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. "Ce n'est pas l'intention", a-t-il assuré à l'adresse des pays de l'Est.

Ces derniers, notamment ceux du groupe de Visegrad - Hongrie, République tchèque, Slovaquie et Pologne - s'inquiètent de devenir des membres de seconde zone de l'Union. "Nous n'accepterons jamais de parler d'une Europe à plusieurs vitesses", a fermement prévenu la Première mnistre polonaise Beata Szydlo, estimant que cela "compromettrait l'intégrité" de l'UE.

Mme Szydlo s'était déjà illustré la veille en s'opposant à la reconduction de Donald Tusk dans ses fonctions de président du Conseil européen. Mais M. Tusk a été réélu jeudi à une écrasante majorité, à 27 voix contre une. En représailles, Varsovie a refusé d'accepter les conclusions du sommet, qui devaient ponctuer la journée.

Ces conclusions sur des thèmes variés (immigration, économie, défense ou encore la situation dans les Balkans occidentaux), ont donc été publiées au nom du président du Conseil européen, avec le "soutien de 27 Etats membres", sans incidence sur la reconduction de Tusk jusqu'en novembre 2019.

"Ce qui s'est passé hier ne doit pas être la situation permanente de l'UE, avec un pays qui boycotte tout notre travail uniquement pour des questions de politique nationale", a mis en garde le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel, appelant les dirigeants polonais à agir en "adultes".

Pour le gouvernement nationaliste et conservateur au pouvoir à Varsovie, qui considère M. Tusk comme un ennemi politique, le vote de jeudi est un "dangereux précédent". Il n'accepte pas que l'UE puisse passer outre l'opposition d'un pays à la candidature de l'un de ses ressortissants.

- 'Diktat' -

"Nous savons maintenant que c'est une UE sous le diktat de Berlin", avait vivement réagi le ministre des Affaires étrangères, Witold Waszczykowski, interrogé par le site internet wpolityce.pl.

M. Tusk a tenté vendredi, au terme du débat sur l'avenir de l'Europe, de concilier toutes les sensibilités : "Notre principal objectif devrait être de renforcer notre confiance mutuelle et l'unité à 27", a-t-il dit.

M. Juncker a lui adressé un message à Londres. "J'espère qu'un jour viendra où les Britanniques remonteront dans le bateau" européen, a-t-il déclaré à l'issue d'une discussion à 27, sans le Royaume-Uni, sur l'avenir post-Brexit de l'Union européenne.

Avec AFP

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