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Islamabad interdit les rassemblements avant un sit-in d'opposition


Le chef de l'opposition du Pakistan, Imran Khan, au cours d'une conférence de presse à Islamabad, au Pakistan, le dimanche 10 Avril 2016, où il appelait le Premier ministre Nawaz Sharif à démissionner.

Le chef de l'opposition du Pakistan, Imran Khan, au cours d'une conférence de presse à Islamabad, au Pakistan, le dimanche 10 Avril 2016, où il appelait le Premier ministre Nawaz Sharif à démissionner.

La justice pakistanaise a interdit tout rassemblement dans la capitale Islamabad, à l'approche d'une grande manifestation de l'opposition visant à chasser du pouvoir le Premier ministre Nawaz Sharif, déjà fragilisé par ailleurs.

Cette décision intervient au moment où M. Sharif apparaît dans une situation inconfortable, entre des poursuites judiciaires au sujet de sociétés off-shore détenues par sa famille, et des frictions avec la puissante armée pakistanaise, dont il doit nommer le nouveau chef le mois prochain.

A ces convulsions domestiques s'ajoutent de vives tensions ces dernières semaines avec l'Inde et de profondes divergences avec son voisin afghan, qui mettent le Pakistan en difficulté diplomatique, même si le pays se défend d'être isolé.

L'interdiction de manifester pendant les deux mois à venir vise clairement le sit-in annoncé de longue date pour le 2 novembre par le parti d'opposition de l'ancien champion de cricket Imran Khan, qui risque de totalement paralyser la capitale pour une durée indéterminée.

Les manifestations risquent "de menacer la tranquillité du public, créer des troubles, faire des blessés et mettre en danger des vies humaines et la sécurité publique", a justifié la Haute cour d'Islamabad dans sa décision.

La police l'a mise en application dès jeudi soir, interpellant des dizaines de partisans du PTI à un rassemblement de jeunes du parti à Islamabad, suscitant leur colère.

"Nous ne serons pas découragés par les arrestations et plus de gens nous rejoindront le 2 novembre", a déclaré à l'AFP l'une d'entre eux, Nazish Altaf.

Imran Khan lui-même s'était plus tôt déclaré déterminé à maintenir la mobilisation, appelant "tous les Pakistanais" à participer à un rassemblement "décisif et historique".

Le refus du PTI de respecter l'interdiction de rassemblement pourrait ouvrir la voie à des confrontations -et potentiellement à des violences- avec la police, qui sera déployée en très grand nombre mercredi.

Le Pakistan Tehreek-e-Insaf (Mouvement pour la justice, ou PTI) est un parti populiste qui a fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille.

Il menace de bloquer la capitale comme il l'avait fait pendant quatre longs mois en 2014, une mobilisation orchestrée en sous-main par l'armée, selon des observateurs.

Son charismatique chef de file exige depuis des mois une enquête sur les biens détenus à l'étranger par les enfants de M. Sharif via des holdings off-shore, dont l'existence a été révélée par les Panama Leaks.

Compliquant encore le tableau, la Cour suprême doit se pencher le 1er novembre sur ces révélations pour décider d'ouvrir ou non une enquête.

- "Exactions indiennes" -

Parallèlement, une coalition de groupes islamistes, dont certains interdits, baptisée Difa-e-Pakistan Council (DPC) a annoncé qu'ils allaient eux aussi manifester à partir de vendredi à Islamabad, officiellement contre les exactions indiennes au Cachemire.

Ces mobilisations affaiblissent la position du Premier ministre au moment même où il doit désigner le nouveau chef d'état-major, un poste crucial au Pakistan.

La tâche est particulièrement délicate pour M. Sharif, un dirigeant civil qui peine à affirmer son autorité face à une armée ayant dirigé le Pakistan pendant près de la moitié de sa jeune histoire (il a été créé en 1947).

Les militaires ont par trois fois mener des coups d'Etat sous prétexte de mettre fin à des troubles civils, et certains experts estiment que M. Sharif pourrait avoir à faire des concessions à l'armée s'il veut se maintenir au pouvoir.

Un haut responsable gouvernemental a indiqué à l'AFP que l'armée cherche notamment à identifier la source de récentes fuites sur une réunion de sécurité de haut niveau, dont la publication a entraîné des frictions entre pouvoir civil et militaire.

Selon le spécialiste de la sécurité Imtiaz Gul, la direction militaire veut également s'assurer que Mr Sharif choisira son nouveau chef parmi les généraux qu'elle soutient.

Le très populaire chef d'état-major Raheel Sharif achève fin novembre un mandat marqué par une nette diminution des violences islamistes.

Les spéculations vont bon train sur une éventuelle prolongation de son mandat, ou sur les chances respectives des trois plus haut gradés du pays, considérés comme les candidats adoubés par la hiérarchie militaire.

Avec AFP

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