Liens d'accessibilité

Pakistan: des centaines d'arrestations après l'attentat de Pâques


Fahd Ali, 10 ans, blessé dans l'attentat à la bombe de Lahore qui a tué aussi plus de 70 personnes, dont ses parents , racontant son expérience à des visiteurs, le 28 mars 2016. (AP Photo/B.K. Bangash)

Fahd Ali, 10 ans, blessé dans l'attentat à la bombe de Lahore qui a tué aussi plus de 70 personnes, dont ses parents , racontant son expérience à des visiteurs, le 28 mars 2016. (AP Photo/B.K. Bangash)

Les autorités pakistanaises ont annoncé mardi l'arrestation de plus de 200 personnes dans le cadre de l'enquête sur l'attentat-suicide qui a coûté la vie à 73 personnes à Lahore le jour de Pâques.

Les autorités avaient annoncé une vague d'opérations dans la foulée de cet attentat dans la ville d'origine du Premier ministre Nawaz Sharif et capitale du Pendjab, province gouvernée par son frère Shahbaz, accusé de laxisme envers les islamistes.

"Plus de 5.000 personnes ont été fouillées et interrogées, et la plupart ont été libérées, mais environ 216 ont été placées en détention le temps de recherches plus approfondies", a annoncé mardi le ministre provincial de la Justice, Rana Sanaullah.

S'exprimant devant la presse, il a ajouté que 56 opérations avaient été menées ces dernières 24 heures par la police, l'armée et les services du renseignement dans le Pendjab.

D'autres étaient en cours dans cette province, la plus peuplée du Pakistan, "contre des activistes religieux et des extrémistes", a-t-il ajouté, précisant qu'une équipe de cinq membres a été chargée de coordonner l'enquête sur l'attentat.

Mais la branche des talibans pakistanais ayant revendiqué l'attentat, le Jamaat ul-Ahrar, a raillé le Premier ministre Sharif, par un tweet affirmant que la guerre était désormais "devant chez lui".

Ces commentaires, menaçants, interviennent au moment où les parcs rouvraient sous haute surveillance, après l'attentat anti-chrétien perpétré dans un parc particulièrement bondé à l'occasion de Pâques.

Si la plupart des parcs rouvraient mardi, celui frappé par l'attentat, le Gulshan-e-Iqbal, est resté fermé.

Le bilan de l'attaque a, lui, encore grimpé, atteignant 73 morts après le décès d'un garçon de 16 ans grièvement blessé, ont indiqué des médecins.

"Le garçon avait perdu son père et sa soeur dans l'explosion, et sa mère est hospitalisée pour des blessures graves" a indiqué à l'AFP le Dr Tariq Mohsin.

- Voile de ténèbres -

Le Premier ministre Nawaz Sharif s'était engagé lundi soir, dans un discours télévisé, à venger l'attaque ayant frappé le fief électoral de son parti, le PML-N au pouvoir.

"Les terroristes ne peuvent émousser notre détermination. Notre lutte continuera jusqu'à l'élimination complète de la menace terroriste", avait déclaré M. Sharif.

Mais mardi, Ehsanullah Ehsan, porte-parle de la faction talibane du Jamaat-ul-Ahrar, a tourné en dérision les propos du Premier ministre.

"Après l'attaque de Lahore, Nawaz Sharif a ressorti les vieilles rengaines, pour se donner de fausses assurances", a-t-il écrit sur Twitter. "Nawaz Sharif doit savoir que la guerre était arrivée devant chez lui, et avec la volonté de Dieu, les moudjahidines seront vainqueurs".

L'attentat du dimanche de Pâques est le plus meurtrier perpétré au Pakistan cette année, et porte un coup sérieux aux nombreuses promesses d'embellie sécuritaire des autorités.

Après l'attaque, les mesures de sécurité ont été renforcées autour des 550 églises du Pendjab, d'après le ministre Sanaullah.

Selon Kashir Nawab, un chrétien trentenaire de Youhanabad, quartier endeuillé ces dernières années par des attentats, un "voile de ténèbres" recouvrait mardi le secteur où les proches venaient présenter leurs condoléances aux foyers endeuillés.

"Tout le monde a peur, et les chrétiens en particulier se sentent en insécurité", a déclaré M. Nawab.

Les chrétiens, qui représentent environ 2% de la population de ce pays majoritairement musulman, sont discriminés et pris pour cibles.

Un double attentat-suicide perpétré par les talibans contre des églises à Lahore avait fait 17 morts en mars 2015. Et un attentat à la sortie de la messe du dimanche avait fauché plus de 80 vies en septembre 2013 à Peshawar.

Une offensive militaire lancée contre les islamistes armés a été intensifiée l'an dernier, faisant de 2015 l'année la moins meurtrière en terme d'attentats depuis l'émergence du Tehreek-e-Taliban Pakistan (TTP, talibans pakistanais) en 2007.

Mais les observateurs soulignent que le mouvement taliban est toujours capable de mener des attaques de grande ampleur.

Avec AFP

XS
SM
MD
LG