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Ouganda : La bataille de l'or de Karamoja


Deux mineurs artisanaux creusant le lit d’une rivière asséchée dans la région de Karamoja, en Ouganda - 2 mars 2014. (Crédit photo : Hilary Heuler pour la VOA)

Deux mineurs artisanaux creusant le lit d’une rivière asséchée dans la région de Karamoja, en Ouganda - 2 mars 2014. (Crédit photo : Hilary Heuler pour la VOA)

Près de 80.000 Karamojong vivent désormais de l’or de la région.

En Ouganda, la ruée vers l’or dans la province de Karamoja pèse comme une épée de Damoclès sur ce qui est devenu le gagne-pain des Karamojong. Ces derniers, qui vivaient principalement de l’élevage traditionnel, ont été contraints de se tourner vers l’exploitation à petite échelle des mines d’or de cette région. Mais leur nouvelle méthode de survie est aujourd’hui menacée par les gros appétits miniers qu’attire Karamoja. Sur place, le reportage d’Hilary Heuler de la VOA avec le récit de Jacques Aristide :


Enfant, Livingstone Ekiru ne jurait que par les bœufs et les vaches que possédait sa famille – un troupeau de plus d’une centaine de têtes à l’époque. Ekiru vit dans la région de Karamoja, dans le nord-est de l'Ouganda.
Quand vous possédez des animaux, vous avez de quoi subsister.

Les Karamojong, son peuple, ont longtemps été des éleveurs de bétail semi-nomades. Les traditions pastorales sont au cœur de leur culture, à tel point que la valeur d'un homme est estimée par le nombre de bovins qu’il détient.

Pour Ekiru, c’est l’élevage qui a permis à son peuple de survivre depuis des siècles sur ces plaines au climat difficile.

«Quand vous possédez des animaux, vous avez de quoi subsister. De la viande à manger, du lait à boire. Vous ne manquez pas de nourriture. Les animaux vous permettent de survivre », confie Ekiru.

Mais les éléments n’ont pas été favorables à ces éleveurs traditionnels : le désarmement, la sécheresse et la maladie ont fait des ravages. Aujourd’hui, il n’y a qu’une poignée d'animaux dans les pâturages, et il faut trouver d'autres moyens de survie. Ekiru s’est tourné vers l’or, emboitant le pas à des dizaines de milliers de Karamojong.

Désormais, Ekiru passe sa journée dans une rivière presque asséchée, à mélanger terre et eau et soigneusement tamiser ce mélange dans l’espoir de trouver des petites pépites étincelantes. Des fois, il peut se faire jusqu'à trois dollars par jour, et d’autres, rien du tout.
Nous sommes de plus en plus nombreux à nous tourner vers l'exploitation minière

Simon Nangiro est à la tête de l’Association des mineurs de Karamoja. Il estime que près de 80.000 personnes vivent désormais de l’or. Les récoltes sont souvent infructueuses, il y a peu d'industrie. Sans l’or, cette communauté autochtone arriverait difficilement à survivre, affirme Nangiro.

«Vous savez, à part élever des animaux, les Karamojong ne savaient pas vraiment faire autre chose. Mais il a fallu trouver des alternatives. Nous sommes de plus en plus nombreux à nous tourner vers l'exploitation minière, parce que c'est la meilleure façon de nous faire un peu l'argent », renchérit-il.

Mais des changements se profilent rapidement à l’horizon. Des géants miniers ont récemment commencé à explorer la région de Karamoja, à la recherche de calcaire, marbre, minerai de fer et d'or, bien évidemment.
Les conduites d'eau installées par une grande société minière explorant la région de Karamoja - 2 mars 2014. (Crédit photo : Hilary Heuler pour la VOA)

Les conduites d'eau installées par une grande société minière explorant la région de Karamoja - 2 mars 2014. (Crédit photo : Hilary Heuler pour la VOA)


Dans un rapport publié en février dernier, Human Rights Watch a tiré la sonnette d’alarme. Pour l’ONG, les compagnies minières ne respectent pas les droits des Karamojong. Elle a appelé le gouvernement ougandais à apporter les réformes nécessaires.

Il n’empêche que peur et confusion se sont déjà installées. Beaucoup se sentent impuissants face au gouvernement qui encourage les investissements privés dans les mines de la région.

Un ancien berger revient sur le désarmement forcé de Karamojong il y a plusieurs années - désarmement officiellement décidé pour mettre fin au vol de bétail. Mais pour ce berger, leurs armes ont été récupérées afin de permettre l’accaparement facile de leurs terres.

Simon Nangiro, lui, affirme ne pas percevoir l’investissement étranger comme une mauvaise chose, mais comme un élément qui pourrait au contraire permettre à la région de se développer. Le changement est inéluctable, dit-il. Toutefois, tous les intérêts doivent être pris en compte, conclut-il.
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