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11 lycéens burundais inculpés d'outrage à chef d'Etat pour avoir abîmé des photos du président


Le président burundais Pierre Nkurunziza embrasse son homologue sud-africain Jacob Zuma alors que celui-ci quitte le Burundi après avoir mené une délégation pour le dialogue. Bujumbura, 27 février 2016.

Le président burundais Pierre Nkurunziza embrasse son homologue sud-africain Jacob Zuma alors que celui-ci quitte le Burundi après avoir mené une délégation pour le dialogue. Bujumbura, 27 février 2016.

"Ces enfants, 6 filles et 5 garçons tous âgés de plus de 14 ans, ont été écroués à la prison centrale de Muramvya en milieu d'après-midi" pour outrage à chef d'Etat", a déclaré à l'AFP une source policière, sous couvert d'anonymat.

Onze lycéens burundais ont été incarcérés et inculpés vendredi d'outrage à chef d'Etat pour avoir abîmé des photos du président Pierre Nkurunziza, a-t-on appris de source policière, alors que trois personnes ont été blessées par balles lors de manifestations contre l'arrestation de ces élèves.

"Le procureur de Muramvya (centre du Burundi, ndlr) vient de décider d'en incarcérer onze (...) pour outrage à chef d'Etat", a déclaré à l'AFP une source policière, sous couvert d'anonymat. "Ces enfants, 6 filles et 5 garçons tous âgés de plus de 14 ans, ont été écroués à la prison centrale de Muramvya en milieu d'après-midi".

Ces informations ont été confirmées par plusieurs témoins, dont un parent qui a vu sa fille emmenée dans la prison, et un des avocats qui a assisté les élèves, âgés selon lui de 14 à 19 ans. L'outrage à chef d'Etat est passible d'une peine de cinq à 10 ans de prison, selon le code pénal burundais.

Une dizaine d'autres élèves âgés de moins de 14 ans, la majorité pénale au Burundi, ont été relâchés après avoir été arrêtés vendredi matin, selon la source policière.

Des agents du service national de renseignement avaient interpellé vendredi matin des élèves, accusés par la direction de leur établissement d'avoir abîmé la photo de M. Nkurunziza dans des manuels scolaires, dans plusieurs écoles de Muramvya et ses alentours.

Immédiatement après les premières arrestations, menées au lycée communal de Muramvya, des centaines de lycéens, sur les 1.400 de l'établissement, ont manifesté en direction du centre-ville, réclamant la libération de leurs condisciples, selon plusieurs témoins.

Ces derniers assurent que les forces de l'ordre ont alors ouvert le feu sur les manifestants. "Des policiers des services secrets burundais ont alors tiré pour disperser la manifestation, blessant par balles grièvement deux élèves et un motard qui passait par là", assure un des témoins.

"Nos enfants sont innocents car ces livres étaient utilisés collectivement, personne ne sait qui l'a fait exactement", s'est insurgé un parent. "Mais c'est cela le Burundi aujourd'hui, un pays où règne la terreur et le culte de la personnalité".

"Ce qui se passe est terrifiant. Je pense qu'il y a dans toutes les écoles du Burundi des collégiens inconscients qui ont fait de tels gribouillages sur le visage de Nkurunziza. Est-ce qu'on va tous les chasser ou les emprisonner?", s'est interrogé un autre parent d'élève, ayant également requis l'anonymat.

Il y a une semaine, plus de 300 collégiens de 8e année (entre 14 et 16 ans, ndlr) de Ruziba, dans la périphérie sud de la capitale Bujumbura, avaient été renvoyés de leur école pour les mêmes motifs. Dans certains livres, les yeux du président ont été troués. Dans d'autres, sa photo a été gribouillée, ou des propos insultants à son égard ont été inscrits.

Sur Twitter, le hashtag #Freeourkids est né pour défendre le droit des enfants.

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