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Nouvelle marche pacifique réprimée à N'Djamena


Manifestants devant la bourse du travail de Ndjamena le 5 avril 2016.

Manifestants devant la bourse du travail de Ndjamena le 5 avril 2016.

La partie était forcément très inégale : d'un côté, des escouades de policiers et gendarmes, de l'autre quelques dizaines de militants de la société civile. La marche pacifique, mais interdite comme les précédentes, pour une alternance démocratique au Tchad n'a pas pu avoir lieu mardi à N'Djamena.

"La place Fest Africa est déjà inondée de policiers", avait prévenu lundi soir Rémi Gamo, un militant de la société civile, de retour de cette place des quartiers populaires du sud de la capitale d'où la marche devait partir pour tenter de se diriger vers la mairie.

Dès l'aube mardi, un hélicoptère survolait la ville, et, sur la place de sable rouge, seuls étaient présents plus d'une dizaine de pick-ups de la police anti-émeutes et de la gendarmerie, à côté de véhicules d'une auto-école.

Depuis des semaines, les militants réclament une démocratisation de la vie politique tchadienne accaparée depuis 26 ans par le chef de l'Etat Idriss Déby Itno qui se présente dimanche prochain à la présidentielle pour un 5e mandat de cinq ans, et, plus ponctuellement, la libération de cinq de leurs leaders emprisonnés pour avoir, justement, voulu organiser des marches pacifiques.

Empêchés de se réunir pour marcher, ils se sont alors prudemment retrouvés mardi matin à la Bourse du Travail, lieu inviolable dans lequel la police, qui campe ostensiblement aux abords, au milieu des petits marchands de rue, n'a pas le droit de pénétrer.

"Ailleurs, ils peuvent tirer et tuer", assure le secrétaire général adjoint de l'Union des syndicats du travail (UST), Goukouni Vaima, dont le mouvement est associé à des groupes de la société civile tels "Ça suffit", "Trop c'est trop" et Iyina (On est fatigués).

- 'Ils n'oseront pas tirer' -

Dans le désordre, réunis dans le petit local en préfabriqué de l'UST, les militants improvisent alors une autre stratégie: ils vont se rendre à moto - sur lesquelles sont collées des affichettes "Libérez les héros de la démocratie" - vers le centre culturel, à deux pas de l'ambassade des Etats-Unis. "Là, ils n'oseront pas tirer", assure Rémi, pour rassurer les hésitants.

Les motos se glissent dans le flot d'autres motos, vélos et voitures qui coule en continu sur l'avenue du général de Gaulle mais, juste après le centre culturel, se heurtent à un front de pick-up de la police qui avancent sur elles. les motos font vite demi-tour, certaines en dérapant, sous les détonations de quelques grenades lacrymogènes particulièrement piquantes aux yeux.

En désespoir de cause, les militants, réduits à moins d'une cinquantaine, se résolvent à rester devant la Bourse du Travail et commencent à distribuer des tracts aux très nombreux passants de l'avenue: lesquels, qu'ils soient en mini-bus délabrés en tendant leurs mains par les vitres ou en motos-taxis, veulent tous emporter avec eux ces tracts.

"Finalement, constate Michel, membre de "Ça suffit", on aurait dû commencer comme ça. Les gens viennent à nous puisque on ne peut pas aller vers eux".

Ces témoignages spontanés d'une grande soif d'information et de liberté d'une société, très cadenassée par un pouvoir arrivé par les armes, ne semblaient pas pour autant rassurer mardi les militants de la société civile.

"Nous attendons maintenant la comparution en justice jeudi de nos dirigeants, nous verrons bien alors", déclarait d'une voix désabusée l'un des porte-parole de "Ça suffit", Bertrand Sohhoh Ngandjeil.

Avant leurs arrestations, le gouvernement avait interdit "toute manifestation publique qui sort du cadre de la campagne électorale".

Avec AFP

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