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Nouvelle Constitution : folles spéculations autour du poste de vice-président en Côte d'Ivoire


Alassane Ouattara, président de la Côte d'Ivoire, 31 octobre 2016.

Alassane Ouattara, président de la Côte d'Ivoire, 31 octobre 2016.

"Qui sera vice-président? ", c'est la question qui est sur toutes les lèvres en Côte d'Ivoire après l'adoption de la nouvelle Constitution voulue par le président Alassane Ouattara.

"Qui sera l'heureux élu? C'est le mystère. Mais, quand je dis 'élu', le terme est mal choisi. On devrait dire qui sera l'heureux 'nommé' ", ironise un observateur de la vie politique ivoirienne.

La nouvelle Constitution prévoit la création d'un poste de vice-président qui sera le deuxième personnage de l'Etat, à l'image des Etats-Unis. A l'avenir, celui-ci sera élu en même temps que le président. Mais parmi les mesures transitoires prévues jusqu'en 2020, le président Ouattara, réélu pour un deuxième et dernier mandat en octobre 2015, va nommer son vice-président a posteriori.

Cette nomination alimente tous les fantasmes, beaucoup estimant que le président va ainsi désigner son successeur. L'opposition, qui a boycotté le référendum, n'a ainsi cessé de critiquer le texte, estimant qu'il s'agissait "d'organiser la succession de Ouattara".

La presse ivoirienne fait ses choux gras de la nomination du futur "VP", publiant régulièrement des noms de vice-présidentiables. Les plus cités : le président de l'Assemblée nationale et ex-chef de la rébellion Guillaume Soro, le ministre de l'Intérieur Hamed Bakayoko, le secrétaire général de la présidence Amadou Gon Coulibaly, le secrétaire général adjoint de la présidence Thierry Tanoh et l'économiste Tidjane Thiam, actuellement patron de Crédit Suisse.

- 'Couper l'herbe sous le pied' de Soro -

Un "jeu" de pronostics que n'apprécie pas l'opposition: "C'est un tel scandale que nous ne pouvons pas entrer dans ce jeu. Nous avons dit qu'il était impensable sur le plan démocratique qu'au lendemain d'un référendum on puisse par des mesures transitoires nommer un vice-président, qui, normalement, doit être élu par le suffrage universel", explique l'ancienne ministre Danielle Boni-Claverie, membre d'une des coalitions de l'opposition hostile à la Constitution.

Dans la rue, beaucoup sont persuadés des chances de Guillaume Soro. "Si Soro Guillaume a soutenu (la création du poste) c'est que c'est pour lui. Il est numéro 2 actuellement (président de l'Assemblée), il ne va pas passer numéro 3, 4 ou 5. C'est lui le plus populaire. Ouattara lui doit son pouvoir. C'est lui le futur président", estime Moussa, chauffeur, inconditionnel de l'ancien chef rebelle, qui peut mobiliser les foules.

Toutefois, la plupart des observateurs sont sceptiques, assurant au contraire que la Constitution vise plutôt "à couper l'herbe sous le pied" du jeune et ambitieux président de l'Assemblée.

Le politologue Jean Alabro estime même que si la Constitution "organise la succession, Soro est dans une situation similaire à celle de Ouattara à l'époque (de la dernière Constitution, qui lui était défavorable, avec des conditions d'éligibilité censées l'empêcher d'accéder à la présidence). Il sent bien que c'est contre lui, mais il ne peut pas la critiquer".

"Ouattara a plusieurs choix. Il peut effectivement nommer son successeur mais ce serait surprenant. On n'aime pas trop ca en Afrique. Le successeur pourrait devenir impatient..." estime un analyste.

"Si l'on croit les promesses d'alternance faites au sein du RHDP (coalition rassemblant le RDR de Ouattara et le PDCI, ancien parti unique), normalement le poste de président doit revenir au PDCI", relève le professeur Eugène Zouzou, lui-même hostile à la création de ce poste "budgétivore" au moment où les Ivoiriens luttent contre la pauvreté.

La plupart des analystes estiment que le président Ouattara doit obligatoirement nommer quelqu'un du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), son principal allié politique, sans lequel sa coalition au pouvoir n'est rien.

Or, un mois avant les législatives le président ne peut se permettre une scission...

Là aussi, les pistes sont nombreuses. La presse cite cette fois des vétérans, qui ne brigueraient pas, sauf surprise, la présidence en 2020 : parmi les noms avancés, le chef du PDCI et ancien président Henri Konan Bédié, l'actuel Premier ministre Daniel Kablan Duncan et l'ancien Premier ministre Jeannot Kouadio-Ahoussou...

Certains émettent l'hypothèse que Ouattara nommera un jeune cadre du privé ou du public peu connu mais ayant des compétences économiques. A celui-ci de s'affirmer ensuite comme leader s'il en a l'étoffe. C'est ainsi que le président Felix Houphouet Boigny avait donné sa chance à un certain... Alassane Ouattara, Premier ministre en 1990. Réponse dans quelques jours.

Avec AFP

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