Liens d'accessibilité

Nouvel An à Cologne : l'enquête avance mais les zones d'ombre subsistent


La Droite manifeste avec une banderolle "des réfugiés violeurs" ne sont pas les bienvenus - !Restez chez vous!" et un signe d'une mosquée barrée pendant leur marche a Cologne, Allemagne, samedi le 9 Janvier, 2016. Les femmes activistes de droite , des manifestants d'extrême-droite et de gauche, les contre- manifestants, sont tous descendus dans les rues de Cologne le samedi à la suite d'une vague de vols et d'agressions sexuelles du Nouvel An à Cologne blâmé en grande partie sur les étrangers . ( AP Photo / Juergen Schwarz )

La Droite manifeste avec une banderolle "des réfugiés violeurs" ne sont pas les bienvenus - !Restez chez vous!" et un signe d'une mosquée barrée pendant leur marche a Cologne, Allemagne, samedi le 9 Janvier, 2016. Les femmes activistes de droite , des manifestants d'extrême-droite et de gauche, les contre- manifestants, sont tous descendus dans les rues de Cologne le samedi à la suite d'une vague de vols et d'agressions sexuelles du Nouvel An à Cologne blâmé en grande partie sur les étrangers . ( AP Photo / Juergen Schwarz )

La police a établi que la plupart des suspects était d'origine étrangère, tandis que des craintes de représailles xénophobes se font jour après une série d'agressions.

Près d'un millier de jeunes hommes se sont rassemblés dans la soirée sur une place située entre la gare centrale de Cologne et la cathédrale gothique, dans le centre-ville.

Éméchés, certains tirent des feux d'artifice dans la foule, des heurts éclatent et des agressions sexuelles sont perpétrées par plusieurs dizaines de personnes. La place est évacuée mais malgré cela, de nouvelles violences ont lieu, selon les autorités locales.

S'agit-il de violences préméditées? Le ministre fédéral de la Justice, Heiko Maas, en était persuadé dimanche: "Quand une telle horde se rassemble pour enfreindre la loi, cela paraît sous une forme ou une autre planifié. Personne ne me fera croire que cela n'a pas été coordonné ou préparé".

Mais un haut responsable policier, Dieter Schürmann, l'a clairement contredit, assurant "qu'aucun élément issu de l'enquête" ne permettait de dire que les évènements avaient été "organisés ou pilotés".

Qui a fait quoi ?

Selon Ralf Jäger, le ministre de l'Intérieur de l'État régional de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, les jeunes hommes ayant commis des crimes et délits étaient "presque exclusivement" des personnes "d'origine immigrée", notamment d'Afrique du Nord et du monde arabe.

Deux enquêtes sont en cours, l'une au niveau régional et l'autre au niveau fédéral.

La police fédérale a identifié 32 suspects, parmi eux se trouvent 9 Algériens, 8 Marocains, 5 Iraniens, 4 Syriens, un Irakien, un Serbe, un Américain et trois Allemands. 22 d'entre eux sont demandeurs d'asile. Tous sont soupçonnés de vols et de violences.

La police locale a pour sa part identifié 19 suspects, dont 14 originaires du Maroc et de l'Algérie. Quatre personnes ont été placées en détention provisoire pour des faits de vol et non pour les agressions.

Par ailleurs, parmi ces 19 suspects, dix sont demandeurs d'asile dont neuf en séjour illégal en Allemagne, selon l'agence DPA.

Les autorités ont reconnu la faiblesse des effectifs déployés ce soir-là, M. Jäger estimant par exemple que l'image donnée par la police de Cologne ce soir-là était "inacceptable".

Les forces présentes aurait dû demander "des renforts d'urgence pour faire face à cette évolution inattendue de la situation".

Le ministre régional a en revanche écarté une critique du ministre fédéral de l'Intérieur, Thomas de Maizière, qui avait affirmé que la police avait évacué la place et ensuite attendu qu'il y ait des plaintes plutôt que de venir en aide aux victimes directement au moment des faits.

Les plaintes

Au total, 516 plaintes ont été déposées auprès de la police de Cologne et de la police fédérale dont 40% (237) pour agression sexuelle. Dans 107 de ces 237 plaintes, des faits de vols ont également été dénoncés. Pour les 279 autres, il s'agit de plaintes pour violences physiques et vols.

M. Jäger n'a pas caché qu'il était difficile de savoir à combien de condamnations l'enquête allait au final donner lieu. "Créer ici de faux espoirs serait malhonnête, justement vis-à-vis des femmes qui ont été victimes de ces bandes d'hommes déchainées", a souligné M. Jäger.

- Charognards de l'extrême droite -

M. Jäger a reconnu dès lors que l'action de la police "avait été inacceptable". Le chef de la police de Cologne a été suspendu en conséquence la semaine dernière.

Mais il a démenti que la police ait voulu "dissimuler" l'ampleur des événements. Selon lui, elle a pêché dans sa communication si bien que sa "crédibilité a été mise en cause". En retour, le ministre a promis "plus de présence policière, plus de vidéo-surveillance".

Le rapport de M. Jäger est le premier du genre, alors que la police locale de Cologne s'est distinguée depuis une semaine par une communication confuse et très parcimonieuse.

De nombreuses zones d'ombre demeurent: comment les agressions ont-elles pu prendre cette ampleur sans que la police n'intervienne? Et les violences étaient-elles planifiées ?

Enfin, le ministre s'est inquiété du "danger" de "stigmatiser" les étrangers à la lumière de ces événements : "C'est ce que font les charognards de l'extrême droite, c'est leur seul argument".

Une inquiétude d'autant plus forte que des agressions racistes ont visé des Pakistanais, des Africains et des Syriens dans la nuit de dimanche à lundi à Cologne. Ces ratonnades semblent avoir été organisées sur les réseaux sociaux sous le mot clé de "promenade", selon la police de Cologne.

Des dizaines de personnes ont été interrogées, dont des militants d'extrême droite, des "bikers" ou des "videurs de boîte de nuit" mais aucune arrestation n'a eu lieu, a indiqué la même source.

Selon la même source, les appels à participer à des promenades dans le centre-ville avaient été lancés par des personnes émanant du milieu "hooligan" et relayés par des groupes baptisés "Altstadt Spaziergaenge" ("Promenades dans la vieille ville") ou "Armlaenge", une allusion aux paroles prononcées par la maire de Cologne qui a en particulier invité les femmes à respecter "une certaine distance, plus longue que le bras" avec les inconnus pour se protéger des agressions.

La presse locale à Cologne parle elle d'une expédition punitive en représailles aux violences du Nouvel An.

"Je vois ces développements, ce qui se passe avec la haine d'extrême droite, avec grande inquiétude", a dit M. Jäger, relevant que la grande majorités des migrants venus en Allemagne cherchent "un nouveau départ" et fuient "la haine, la violence".

- Les Allemands inquiets -

Même si rien n'établit à ce jour la culpabilité de réfugiés dans les événements de la Saint-Sylvestre, ceux-ci ont instillé un peu plus le doute dans l'opinion publique sur la capacité du pays à intégrer le million de demandeurs d'asile venus rien que l'an dernier de Syrie, d'Irak, d'Afghanistan ou d'Afrique du Nord.

Quelque 57% des Allemands redoutent désormais une hausse de la criminalité avec l'arrivée d'autant de migrants, contre 40% qui ont un avis contraire, selon un sondage de la chaîne RTL.

Dans la soirée de lundi (17H30 GMT), une manifestation contre les réfugiés et contre la chancelière allemande est organisée à Leipzig (est) par la branche locale du mouvement islamophobe Pegida, après un rassemblement à Cologne au cours du week-end marqué par des heurts avec la police.

La chancelière, qui joue gros à moins de deux ans des prochaines élections législatives, a dû infléchir sa politique d'ouverture au cours du week-end en annonçant une procédure facilitée d'expulsion des demandeurs d'asile enfreignant la loi.

Plusieurs responsables veulent aussi désormais ne plus laisser le choix de la domiciliation aux réfugiés et leur imposer un lieu de résidence afin d'éviter qu'ils se concentrent dans les grandes ville.


Avec AFP

XS
SM
MD
LG