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Burundi : l'opposition mobilisée malgré de nouveaux heurts


Un soldat patrouillant à Bujumbura, au Burundi (Reuters)

Un soldat patrouillant à Bujumbura, au Burundi (Reuters)

Les forces de l'ordre ont fait usage de leurs matraques et de gaz lacrymogènes. Certains manifestants ont répliqué par des jets de pierres.

De nouveaux heurts ont éclaté mardi dans la banlieue de Bujumbura lors d'une manifestation contre la candidature du président burundais Pierre Nkurunziza à un troisième mandat. Les forces de l'ordre ont fait usage de leurs matraques et de gaz lacrymogènes. Certains manifestants ont répliqué par des jets de pierres. Selon un photographe de Reuters, au moins huit personnes ont été interpellées lors de ce rassemblement organisé à Nyakabiga, un faubourg de la capitale.

Les contestataires, qui jugent la candidature de Pierre Nkurunziza contraire à la constitution et aux accords de paix d'Arusha, ont condamné le coup d'Etat manqué de la semaine dernière. "Nous continuerons jusqu'à ce qu'il renonce à ce troisième mandat", a dit l'un d'eux. "Non au coup d'Etat et non au troisième mandat", a renchéri un autre.

Le gouvernement avait fait savoir la veille que les manifestants seraient traités de la même façon que les putschistes. "Ceux qui sont impliqués dans la honteuse tentative de renversement des institutions légitimes seront arrêtés et remis à la justice, et seulement à la justice", a-t-il averti, niant toute chasse aux sorcières.

Le Burundi a basculé dans la crise le 26 avril, à l'annonce de la candidature de Nkurunziza. Bien que la constitution limite l'exercice présidentiel à deux mandats, la cour constitutionnelle a estimé que le premier mandat exercé par Nkurunziza (2005-2010) ne devait pas être pris en compte dans la mesure où le chef de l'Etat n'avait pas été élu au suffrage universel direct mais désigné par le Parlement.

ZUMA POUR UN REPORT DE LA PRÉSIDENTIELLE

Depuis le début de la crise, vingt personnes ont été tuées dans les affrontements entre manifestants et forces de l'ordre, selon les mouvements de défense des droits de l'homme. Dans le même temps, plus de 100.000 Burundais ont trouvé refuge dans les pays voisins, notamment au Rwanda, en Tanzanie et en République démocratique du Congo (RDC), ce qui fait craindre à l'Afrique des Grands Lacs un nouvel engrenage de tensions ethniques: la composition de la population burundaise est similaire à celle du Rwanda, où plus de 800.000 Tutsis et Hutus modérés ont été massacrés lors du génocide de 1994.

Le président burundais, ancien chef rebelle à la double origine ethnique, a longtemps été considéré comme un facteur de stabilité. L'échec du coup d'Etat mené par le général Godefroid Niyombaré, ancien directeur des services de renseignement dont l'arrestation un temps annoncée a été démentie, lui a permis d'asseoir un peu plus son autorité mais n'a en rien réglé la crise ouverte par sa candidature à l'élection du 26 juin.

Son homologue sud-africain Jacob Zuma l'a invité mardi à reporter le scrutin. Le président kényan Uhuru Kenyatta s'était également prononcé en ce sens la veille. La question de la limitation des mandats déborde du seul Burundi. Au Burkina Faso, l'intention de Blaise Compaoré de modifier les règles institutionnelles pour se maintenir au pouvoir a conduit à son éviction en octobre dernier sous la pression de la rue.

Au Congo, le président Denis Sassou Nguesso envisage la tenue d'un référendum visant à amender la constitution, une mesure qui pourrait lui permettre de briguer un troisième mandat de chef de l'Etat lors de la présidentielle prévue l'an prochain. Réunis à Accra, au Ghana, les chefs d'Etat et de gouvernement de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) devaient débattre dans la journée d'une proposition visant à limiter l'exercice présidentiel à deux mandats.

Avec AFP

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