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Noël plus triste que jamais dans le sultanat de Brunei pro-charia


Le sultan de Brunei, Hassanal Bolkiah, le 10 octobre 2013.

Le sultan de Brunei, Hassanal Bolkiah, le 10 octobre 2013.

Ni guirlandes ni éclairages de fêtes : Noël s'annonce plus triste que jamais dans le sultanat de Brunei où les célébrations ont été interdites conformément à la charia appliquée dans ce riche petit Etat pétrolier d'Asie du Sud-Est.

Le tout puissant sultan Hassanal Bolkiah, l'un des hommes les plus riches du monde, avait annoncé l'an passé l'introduction progressive de la loi islamique prévoyant à terme de lourdes sanctions comme la mort par lapidation ou les amputations.

Ce mois-ci, les autorités de ce pays de quelque 430.000 habitants dont les deux tiers sont musulmans ont mis en garde contre la stricte interdiction des célébrations de Noël, arguant que les décorations pour cette fête célébrée le 25 décembre par les chrétiens risquaient de détourner les musulmans du droit chemin.

Les contrevenants s'exposent à de sévères sanctions allant jusqu'à cinq ans de prison, et des habitants observent que la loi a été appliquée plus strictement cette année.

"Pour moi, ça va être un Noël plus triste que jamais", a confié à l'AFP un expatrié malaisien qui a requis l'anonymat.

"Ce qu'il y a de mieux le jour de Noël, c'est de se réveiller et d'avoir le sentiment que c'est Noël, mais il n'y a rien de tout ça ici, et on se sent démuni", dit-il.

Les sociétés qui ont mis des décorations de Noël ont été priées de les retirer, et les contrôles se sont multipliés dans la capitale Bandar Seri Begawan. Des hôtels populaires accueillant des touristes occidentaux sont désormais privés de guirlandes électriques et sapins de Noël qui égayaient naguère leurs établissements en fin d'année.

"Tout ça seulement parce que le sultan le veut", déplore un expatrié chrétien interrogé par téléphone.

"En 2013, j'ai vu de nombreux musulmans et chrétiens passer de bons moments pendant les fêtes chez eux. Tout se passait bien", dit-il.

La plupart des habitants ont peur de parler ouvertement de cette interdiction, redoutant des sanctions des autorités, et n'ont d'autre choix que de s'y accoutumer.

"Je vais travailler à Noël après la messe. Nous devons tout simplement nous y faire", raconte une serveuse philippine contactée par téléphone.

Certains n'ont cependant pas hésité à publier des images de fête de Noël sur les réseaux sociaux.

- Ni croix, ni bougies –

Des Brunéiens musulmans critiquent l'offensive anti-Noël : "Cette interdiction est ridicule. Elle renvoie l'image d'un islam qui ne respecte pas les droits des autres religions pour célébrer leur foi", estime une mère de famille musulmane qui a requis l'anonymat.

"L'islam nous apprend à nous respecter les uns les autres, et je crois que cela commence par le respect des autres religions, même si ce qui est interdit sont des ornements", dit-elle à l'AFP.

D'autres disent comprendre l'interdiction de toute forme de célébrations de Noël dans les lieux publics, qui vise selon les autorités de Brunei à éviter la conversion des musulmans, tandis que des leaders religieux ont affirmé que l'attirail de Noël était contre l'islam.

"Au cours des célébrations de Noël, les musulmans qui suivent les préceptes de la religion chrétienne -- en utilisant des symboles comme la croix, les bougies allumées, les sapins de Noël et les chants religieux agissent contre la foi islamique", ont déclaré des responsables musulmans lors d'une prière du vendredi ce mois, selon le Bulletin de Bornéo.

Le sultan, dont la fortune est estimée à 20 milliards de dollars, est propriétaire entre autres de la chaîne d'hôtels Dorchester Collection, qui possède le Plaza Athénée à Paris et d'autres établissements de prestige à Londres, Milan et Rome, ainsi que le Bel-Air et le Beverly Hills Hotel à Los Angeles. La stricte application de la charia avait provoqué l'an passé des appels au boycott d'hôtels appartenant au sultan.

Certains Brunéiens affirment que l'interdiction des célébrations de Noël est un pas dangereux vers l'intolérance religieuse à Brunei, le seul pays d'Asie du Sud-Est à appliquer strictement la charia.

"Dans l'ère de la mondialisation, de nombreux pays essayent d'unir des gens différents et des religions différentes, mais cela ne semble pas être le cas ici", déclare à l'AFP un étranger catholique.

"Ici, les chrétiens sont écartés de la communauté musulmane majoritaire", déplore-t-il.

Avec AFP

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