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Un tribunal nigérian ordonne la libération d'un leader chiite


Sheikh Ibrahim Zakzaky détenu, avec sa femme, depuis un an sans procès par le Département des services d'Etat nigérian.

Un tribunal a ordonné la libération sans condition et dans les 45 jours du chef du groupe chiite Mouvement islamique du Nigeria (IMN) et de son épouse, détenus depuis un an sans procès par le Département des services d'Etat (DSS).

Ibrahim Zakzaky et sa femme avaient été arrêtés en décembre 2015 à Zaria, ville du nord du Nigeria, après des affrontements sanglants avec l'armée nigériane, au cours duquel le leader chiite a perdu un œil et a été partiellement paralysé.

M. ZakZaky a intenté un procès contre le DSS, la police nigériane et le ministère de la Justice devant la Haute Cour fédérale, pour protester contre cette "détention illégale", et réclamé deux milliards de nairas (6 millions d'euros) en dédommagement.

Le juge Gabriel Kolawole a tranché en sa faveur, affirmant que le DSS et le ministre de la Justice avaient été incapables de prouver la légalité de cette "détention préventive" de M. Zakzaky.

M. Kolawole a ordonné que "le requérant soit libéré dans un délai de 45 jours", avec la charge au ministère de la Justice de fournir un logement au plaignant et à sa famille à leur libération.

Le leader religieux et son épouse se sont vus accorder chacun 25 millions de nairas (74.000 euros) en compensation de leur détention illégale.

Ibrahim Zakzaky et l'IMN souhaitent établir un Etat islamique chiite à l'iranienne et le chef religieux a déjà été incarcéré à plusieurs reprises.

Festus Okoye, avocat de M. Zakzaky s'est dit "satisfait de ce jugement", et souhaite y voir le signe que "l'Etat va arrêter d'engager des actions violentes contre l'accusation et que nous pourrons avoir un certain degré de paix et de stabilité au sein de la Nation nigériane".

L'avocat du gouvernement a laissé entendre qu'il ferait jouer de son "droit d'appel" de la décision de justice. "Faire appel ne veut pas dire que nous n'allons pas respecter le jugement. Mais nous attendons de recevoir une copie du rendu, nous allons l'étudier et déciderons de notre stratégie d'action".

Au Nigeria, les chiites forment une petite minorité au sein de la communauté musulmane, essentiellement sunnite, qui y constitue la moitié de la population. L'autre moitié des Nigérians sont des chrétiens et habitent le sud du pays.

En décembre 2015, l'armée a massacré 348 musulmans chiites à Zaria, puis les a enterré dans une fosse commune, sans que personne dans l'armée n'ait à ce jour été jugé ou condamné.

Les violences avaient éclaté dans ce fief de l'IMN, où un barrage érigé par le mouvement en vue d'une procession religieuse avait bloqué un convoi du chef d'état-major des armées, le général Tukur Yusuf Buratai.

Les militaires ont accusé des partisans de M. Zakzaky, d'avoir tenté d'assassiner le général, une accusation formellement démentie par le groupe chiite.

Par ailleurs, au moins dix chiites ont été tués le 14 novembre dans de nouveaux affrontements avec la police à Kano (nord), lors d'une cérémonie religieuse.

Deux autres grandes figures nigérianes sont actuellement incarcérées, alors que des juges ont ordonné leur libération sous caution: M. Dasuki, conseiller pour la sécurité nationale de l'ancien président Goodluck Jonathan accusé de corruption, et le militant indépendantiste pro-Biafra Nnamadi Kanu.

Avec AFP

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