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Le transport aérien nigérian traverse une zone de graves turbulences économiques


Un avion de la compagnie Arik Air à Lagos au Nigeria, le 20 septembre 2012. (AP/ Sunday Alamba)

Un avion de la compagnie Arik Air à Lagos au Nigeria, le 20 septembre 2012. (AP/ Sunday Alamba)

Arik Air, la compagnie aérienne la plus importante du Nigeria, a annoncé mercredi avoir repris ses activités après 24 heures de suspension, mais l'avenir du secteur est toujours en sursis car les deux autres transporteurs n'opèrent plus depuis le début du mois.

La compagnie a repris son trafic mercredi à 10h TU, et la situation était en cours de normalisation pour des milliers de passagers bloqués au Nigeria et sur le continent mardi.

Dans un communiqué publié sur son site internet, Arik Air a demandé à ses usagers "de ne pas tenir compte des accusations portées contre la compagnie aérienne" selon lesquelles elle n'est pas en mesure de payer ses obligations financières.

"Bien que les pénuries de carburant impactent nos activités dans le pays, Arik Air est en bons termes avec ses fournisseurs", ajoute le texte.

Arik Air assure 60% du trafic aérien national, et dessert 13 destinations internationales, dont Johannesburg et New York. Elle est la troisième compagnie du pays à suspendre son activité depuis septembre, après Aero Contractors et First Nation Airways.

Les compagnies aériennes privées nigérianes n'arrivent plus à faire face à la pénurie de dollars qui plombe l'économie du géant de l'Afrique de l'Ouest, et ne peuvent plus rembourser leurs dettes.

"La réputation de l'aviation est mauvaise dans notre pays, les compagnies ne remboursent pas leurs dettes et plus personne ne veut nous accorder de prêts", a ainsi dénoncé lundi dans une tribune Allen Onyema, directeur général d'Air Peace, compagnie créée en 2013.

Le Nigeria ne compte aucune flotte aérienne nationale depuis l'effondrement de Nigeria Airways en 2003, provoqué par une mauvaise gestion et une corruption généralisée du secteur. Mais les opérateurs privés répètent les mêmes erreurs que la compagnie d'État, observent les experts.

"Outre la dette, les autres problèmes sont la mauvaise gestion des fonds publics et privés, et le manque de contrôle adéquat du secteur par les autorités gouvernementales", expliquait récemment John Oladipo Ojikutu, consultant en sécurité aérienne, sur la chaîne d'information africaine CNBC Africa.

L'Etat nigérian est effectivement entré il y a deux ans dans les conseils d'administration de plusieurs transporteurs, dont Arik Air et Aero Contractors, à travers sa compagnie d'Etat de gestion des actifs chargée du recouvrement des dettes AMCON (Asset Management Corporation of Nigeria).

Mais selon M. Oladipo Ojikutu, les comités de régulation d'Etat n'ont pas réalisé d'audit pour savoir si les dettes avaient été remboursées.

- Manque de liquidités -

Quelques mois après son arrivée au pouvoir, le président nigérian Muhammadu Buhari a fait renvoyer le directeur d'AMCON, l'accusant de corruption. Il a déjà déclaré à plusieurs reprises qu'il souhaitait rétablir une compagnie aérienne nationale.

Ces problèmes de mauvaise gestion sont aggravés par une importante pénurie de devises étrangères. Le pays, qui tire 70% de ses revenus du pétrole, est très durement affecté par la chute du prix du baril, et par la présence de groupes armés qui font régulièrement exploser les infrastructures d'hydrocarbures dans la région pétrolifère du Delta (sud).

Le Nigeria a récemment perdu sa place de première économie et de premier exportateur de pétrole du continent africain, et est même entré en récession au deuxième trimestre.

Les banques n'ont plus assez de liquidités, et le pays a dû réduire drastiquement ses importations, notamment de carburant car ses capacités de raffinage du brut sont encore très limitées.

Les dépenses des compagnies aériennes se font largement en dollars pour la maintenance des appareils et la formation de ses employés, alors que les prix des billets sont en naira, une devise qui ne cesse de perdre de sa valeur.

Six Boeing 737 d'Aero Contractors, qui étaient en révision à l'étranger, n'ont ainsi jamais pu revenir au Nigeria car leur propriétaire n'a jamais payé les réparations.

"Il y a un manque de devises nationales et étrangères dans les banques et ces compagnies ont un besoin crucial de capital", souligne à l'AFP le directeur de Financial Derivatives Company à Lagos.

"Si Arik ferme, c'est l'aviation nigériane dans son ensemble qui s'effondre. L'avenir n'est pas rassurant", déplore-t-il.

Il est devenu également difficile pour les compagnies internationales de s'approvisionner en carburant depuis le Nigeria.

Emirates, la compagnie du Golfe, a réduit son trafic aérien de deux à un voyage par jour entre Dubai et Abuja/Lagos.

De son côté, Air France-KLM utilise régulièrement des avions plus petits pour le Nigeria, alors que le transporteur avait renforcé son offre depuis 2013.

Avec AFP

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